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L’enseignement en ligne pourrait-il provoquer des inégalités entre les étudiants?

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19 novembre 2012

– Par Camille Lhost –

Alors qu’un groupe de travail relatif à la démocratisation de l’enseignement

Illustration Simon Lalonde Boisvert

en ligne s’est formé à l’Université d’Ottawa (U d’O) il y a quelques semaines, La Rotonde examine les enjeux des cours à distance, pour les étudiants comme pour l’U d’O.

Le groupe de travail, composé d’une dizaine de membres (vice-recteur, professeurs et étudiants), a récemment été créé afin de «définir les grandes orientations en termes d’e-learning et de planifier les principales étapes de développement de l’enseignement en ligne d’ici les dix prochaines années». M. Christian Detellier, vice-recteur de l’U d’O, préside ce comité et affirme que ses conclusions seront rendues publiques en mars prochain.

Pour le moment, l’U d’O offre surtout en ligne des cours issus des programmes proposés par la Faculté d’éducation. Cameron Montgomery, professeur du département, précise que les futurs enseignants doivent d’abord être formés à ces technologies pour ensuite pouvoir les utiliser et les enseigner. Les cours proposés sont quasiment tous assurés en français. Or, pour Francis Desroches, président de l’Association des étudiants de la Faculté d’éducation, cela est inquiétant: «Pourquoi l’U d’O met tant le français sur le banc de touche ?». Selon lui cette situation est défavorable pour les francophones puisque les cours en ligne seraient moins enrichissants et moins complets.

M. Detellier répond en deux temps. D’abord, d’après lui: «Les cours en ligne réduisent les distances, les communautés francophones de l’Ontario et du Québec, reculées ou socialement en difficulté (maternité, enfants en bas âge notamment), peuvent désormais se former en restant chez elles». Ensuite, il donne  une autre explication plus problématique: «Globalement, en Ontario, la qualité des cours et des expertises en français sont moindres que celles données en Anglais. Nous pensons que l’U d’O, comme institution, a un rôle à jouer dans la promotion de la francophonie. Un rapport du Gouvernement provincial mandate les établissements scolaires à penser leurs politiques dans ce sens». À l’inverse, Sarah Jayne King, présidente de la Fédération canadienne des étudiantes et étudiants-Ontario (FCÉÉ-Ontario) note: «La communauté francophone est petite et cela coûte cher de payer des professeurs pour donner des cours à seulement quelques personnes».

Réduire les coûts: le réel objectif?

D’après les informations qu’a appris La Rotonde, les étudiants de la Faculté d’éducation qui suivent des cours uniquement en ligne payent les mêmes frais universitaires que les autres étudiants, moins les services annexes proposés sur le campus. M. Detellier ne s’engage pas à donner des informations relatives à ce sujet aujourd’hui, mais note que le rapport du comité les communiquera en fin de deuxième session. Emmanuel Duplàa, professeur à la Faculté d’éducation, explique que «l’investissement de départ dans l’instauration des cours en ligne est cher, et qu’il faut donc le répercuter quelque part». Puis il assure: «Mais je vais m’engager personnellement auprès du recteur afin que les frais soient moindres pour les étudiants». Sarah Jayne King déplore aussi ces coûts élevés pour les étudiants et souhaiterait que la technologie «soit complémentaire à l’enseignement en présentiel, et ne la remplace pas entièrement».

Étudier depuis chez soi sans jamais se déplacer?

«Pas du tout, nous souhaitons mettre en place un enseignement dit en «hybridation». C’est-à-dire que les cours seront principalement assurés en ligne, mais parfois les étudiants devront venir sur le campus pour suivre certains modules», note le vice-recteur aux études. Les professeurs en éducation, interrogés sur la même question, confirment que les contacts professeurs-étudiants et étudiants-étudiants sont très importants.

Cameron Montgomery et Emmanuel Duplàa s’entendent pour dire que «maintenant que nous possédons la technologie, les professeurs doivent adapter leurs cours: ils ne peuvent pas donner un cours d’enseignement directif en ligne, comme ils le font en présentiel. Les étudiants ont besoin d’interactions pour ne pas décrocher et rester attentifs».

Mais les professeurs affirment que ce sont les étudiants eux-mêmes qui doivent changer leurs attentes par rapport aux cours. Les interventions et les travaux de groupe seront davantage privilégiés, et les cours de contenu minoritaires. Finalement, certains experts remarquent aussi que les cours à distance et en présentiel ne sont pas si différents que cela: «En ligne le comportement des étudiants est sensiblement le même qu’en salle de classe: certains vont prendre la parole très régulièrement, d’autres resteront en retrait».

La technologie, maîtresse de la société? 

Les professeurs assurant des cours en ligne pointent certaines dérives. Cameron Montgomery, qui gère un cours de prise en charge, explique: «Par la vidéoconférence, j’ai vu un étudiant boire du vin, lors de mon cours. Je ne peux contrôler ces comportements qui sont irrespectueux pour moi et les autres étudiants».

Par ailleurs, les usages que les étudiants font de la technologie doivent être revus constamment afin d’en optimiser les capacités. Le service multimédia de l’U d’O est très compétent dans ce domaine et assure des formations aux professeurs et aux étudiants ayant des difficultés à utiliser les outils technologiques.

Emmanuel Duplàa ajoute un inconvénient technique: «Il existe toujours un risque que les machines tombent en panne durant un cours». Il conclut par: «Aujourd’hui, chaque objet est un ordinateur qui est interconnecté avec d’autres technologies: téléphones portables, tablettes, bientôt cartes de paiement… Nous tendons de plus en plus vers une société en immersion totale dans les technologies».

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