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Manque de clarté, trop de passivité : la question des énergies fossiles à l’Université

Crédit visuel : Archives

Article rédigé par Nisrine Nail – Journaliste

Dernièrement, une vidéo du golfe du Mexique en feu fut virale sur les réseaux sociaux. Cet incendie sur l’océan aurait été causé par une fuite de gaz dans un pipeline sous-marin. Le débat reprend : devrait-on désinvestir dans l’industrie des énergies fossiles ? Cet enjeu n’est pas nouveau à l’Université d’Ottawa (l’U d’O). La Rotonde se penche une fois de plus sur la question.

L’association étudiante Climate Justice Climatique de l’Université d’Ottawa (CJCUO) a pour mission de sensibiliser les gens à la crise environnementale et à la justice climatique, indique Carina Harb, une membre active du club et étudiante à l’U d’O. Cette association, née en 2020, a lancé une campagne de désinvestissement des combustibles fossiles nommé #LibérezNosDiplômesdeCombustiblesFossiles

Signer, ce n’est pas assez 

Le but est de s’assurer que l’U d’O cesse complètement d’investir dans l’industrie fossile, présente Harb. Selon elle, le désinvestissement est une question de moralité et d’économie. « Du côté moral, l’U d’O ne peut pas déposer l’argent des étudiant.e.s et les fonds de pension des employé.e.s dans des initiatives polluantes tout en se donnant le titre de “leader environnemental”. Du côté économique, les investissements dans les combustibles fossiles fluctuent. Ce n’est pas un investissement stable et durable. Donc, à long terme, l’industrie fossile n’est pas une option viable », dénonce la membre du CJCUO.                                                                                                                   

Harb résume les demandes de la lettre ouverte adressée à l’administration de l’U d’O. Le groupe CJCUO souhaite essentiellement que l’U d’O soit plus engagée envers la crise environnementale, soit plus transparent en ce qui concerne ses investissements et arrête de financer l’industrie des combustibles fossiles. « L’Université ne veut pas agir, elle a peur d’agir. Mais on va continuer de mettre de la pression », assure l’étudiante. 

Selon Harb, l’Université proclame avoir signé plusieurs chartes sur l’écoresponsabilité. Néanmoins, elle souligne que ce ne sont que des « belles paroles », ce ne sont pas des actions concrètes appuyées par des preuves. La membre du CJCUO soutient que l’U d’O doit montrer qu’elle est engagée dans des initiatives vertes et qu’elle réduit son empreinte carbone. 

La membre du CJCUO ajoute que l’association est dans le processus de rédiger un rapport qui réfute les arguments du rapport Fossil Free Campaign Orientation Paper for University of Ottawa par Tessa Hebb, directrice du Carleton Centre for Community Innovation. Le rapport de Tessa Hebb ne recommande pas à l’Université de désinvestir dans l’industrie fossile, explique Harb. L’étudiante décrit que beaucoup à changer depuis 2015, alors ce rapport n’est plus valide. L’association étudiante prévoit envoyer leur contre-rapport expliquant pourquoi le désinvestissement est la solution pour l’U d’O au trimestre d’automne. 

Mission carboneutralité 

L’administration de l’U d’O informe qu’en avril 2016, le Bureau des gouverneurs (BDG) a estimé que le désinvestissement à lui seul n’était pas la bonne direction à prendre. Elle ajoute que le BDG a demandé à l’Université d’élaborer une stratégie réorientant les investissements de l’U d’O « liés aux combustibles fossiles vers des investissements dans des entreprises, surtout au Canada, qui participent à la création et à la vente des technologies de l’avenir ». L’administration indique que ces technologies sont notamment des énergies renouvelables et d’autres solutions technologiques propres. 

Selon l’administration, « il faut ratisser plus large, tant au niveau des placements, mais aussi dans la gestion de nos activités et de nos installations pour réduire l’empreinte de carbone ». La représentante média de l’U d’O notifie que l’U d’O a élaboré une approche pour lutter contre le réchauffement climatique et aider le Canada à passer à une économie plus verte. L’administration soutient également que l’Université a été « vraiment active » sur la question du passage à une économie plus verte. Elle souhaite que le campus universitaire devienne carboneutre d’ici 2040.

L’Université publie des rapports informant la communauté universitaire de ses mesures prises en matière de changements climatiques, le plus récent fut publié en janvier dernier. L’administration de l’U d’O affirme être « vouée à s’attaquer au réchauffement climatique ». Elle souligne que l’Université fut l’une des premières institutions d’enseignement supérieur au pays à revoir ses actions dans l’industrie des énergies fossiles.

Dans ses échanges avec le CJCUO, le recteur a également indiqué que le comité d’administration de l’Université se penche actuellement sur l’enjeu du désinvestissement et que celui-ci sera une priorité à l’automne, informe l’U d’O.

« L’Université n’est qu’une goutte d’eau »

Rahim Baba, professeur à temps partiel à l’Université d’Ottawa et consultant scientifique certifié par Eco-Canada en Système de Gestion intégrée de l’environnement, insiste qu’il faut procéder de manière holistique. Selon lui, le problème dépasse ce que l’Université peut faire. L’enseignant explique que le désinvestissement doit se faire au niveau mondial, ce doit être un mouvement collectif. 

D’après Baba, le souci des sociétés est de faire de l’argent. « On est dans une société marchande capitaliste. Je dois avouer que je vois mal la société désinvestir, car cela entraînera des changements qui seront perçus comme des tracas. On préfère suivre les profits », convient-il. Le consultant scientifique suggère que c’est en raison de cette logique marchande qu’il est compliqué de convaincre des entreprises à désinvestir. C’est pourquoi l’enseignant soutient qu’il faut se demander ce qui sera utile et efficace dans une société dont l’intérêt est le capital et le rendement. 

Le professeur tient à souligner qu’il est solidaire avec les étudiant.e.s et leurs efforts. Néanmoins, il avise qu’on ne peut pas compter sur le désinvestissement. « C’est une bonne initiative de la part du CJCUO. Si l’Université désinvestit, il est possible qu’elle sensibilise et encourage les autres, mais ce ne sera tout de même pas suffisant pour avoir un impact sur le réchauffement climatique. Compter sur l’Université n’est pas suffisant », conclut-il. 

Baba applaudit et félicite l’U d’O, car d’après lui, le campus entreprend beaucoup d’initiatives en ce qui concerne l’environnement. Il salue aussi la bravoure des étudiant.e.s du CJCUO dans leurs actions. 

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