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Éditorial

L'apathie, ça part d'ici

Web-Rotonde
10 Décembre 2012

– Par Vincent Rioux –

À l’Université d’Ottawa (U d’O), l’année 2012 ne se sera pas démarquée des autres. Pendant que les étudiants du Québec se mobilisaient contre la hausse des frais de scolarité et, par le fait même, engageait la société québécoise dans un important débat sur l’accès aux études post-secondaires, de l’autre côté de la rivière des Outaouais, c’était le calme plat. Pas de débat sur la marchandisation de l’éducation et encore moins de mobilisation. Les étudiants de l’U d’O sont ici pour aller à leurs cours, faire les travaux demandés par les professeurs et réclamer leur diplôme après quatre ans.

Récapitulation de l’année

L’année 2012 à Ottawa commence sur des perceptions de mobilisations étudiantes alors que la Fédération étudiante de l’U d’O (FÉUO), en étroite collaboration avec la tentaculaire Fédération canadienne des étudiantes et étudiants (FCÉÉ), organise la manifestation « À bas les frais » qui rassemble quelques deux cents étudiants de l’Université devant le Parlement. Plusieurs leaders étudiants y font un discours, fièrement flanqués de Justin Trudeau.

D’entrée de jeu, si Justin Trudeau participe à une manifestation, c’est parce que le mouvement est inoffensif et qu’il ne revendique rien du tout. D’ailleurs, toute la campagne « À bas les frais » semble être un véritable fiasco sur le plan de la revendication, notamment en raison des efforts de publicité et des autres cossins de promotion achetés par la FCÉÉ avec l’argent des étudiants : tuques, pancartes, chandails, publicités dans les autobus, dans La Rotonde et autres médias, la FCÉÉ a dépensé une fortune pour faire la promotion de la manifestation « À bas les frais ». Tout ça pour un après-midi de manifestation avant que les étudiants ne regagnent docilement leur domicile avec leur sentiment du devoir accompli, quand, en fait, ils n’ont rien accompli du tout.

Preuve que cette pseudo-mobilisation étudiante n’a pas donné grand chose, à peine deux mois plus tard, le Bureau des gouverneurs (BDG) de l’U d’O vote pour une hausse de 5 % des droits de scolarité prévue pour septembre 2012. Une vingtaine d’étudiants tentent de perturber la rencontre, sans réussir à faire céder les administrateurs du BDG.

Puis, quelques mois plus tard, alors que la plupart des étudiants étaient encore en vacances, c’est la frénésie à la FÉUO : Gabriel Nadeau-Dubois, ancien porte-parole de la CLASSE, visite le campus de l’U d’O et les membres exécutifs de la FÉUO, de soi-disant militants grassement payés, pour discuter de la baisse des droits de scolarité et des moyens pour mobiliser la population étudiante.

Même la vedette du « Printemps érable » n’aura pas réussi à motiver les troupes ottaviennes à se mobiliser. Quelques semaines plus tard, les étudiants de l’U d’O payaient leurs frais de scolarité sans rouspéter pendant que les activistes professionnels de la FÉUO encaissaient leur chèque, sans payer le moindre sous pour leurs frais de scolarité.

La mobilisation pour dénoncer la hausse des frais de scolarité s’est tout de même faite ressentir sur le campus, notamment grâce aux militants de la Coalition ontarienne contre les hausses (COCH) qui ont mené quelques campagnes de sensibilisation sur le campus durant la session d’automne.

Les étudiants de l’U d’O sont apathiques. Bien que les frais de scolarité ne cessent de grimper, on préfère se fermer les yeux et s’empiffrer d’antidépresseurs, drogue en très grande demande auprès de l’assurance médicament de la FÉUO. Les étudiants ottaviens préfère tourner le dos à la mobilisation étudiante et s’engouffrer dans le modèle de société que leur propose l’establishment: achetez votre diplôme, passez GO, réclamez 200 $, achetez un complet, travaillez pour payer tout cela et continuez encore d’acheter.

La FÉUO a certainement une part de blâme dans l’attitude amorphe des étudiants. À tout le moins, elle pourrait jouer un rôle plus proactif. Les pouvoirs de la Fédération sont centralisés, ce qui donne peu de marge de manœuvre aux associations étudiantes pour mobiliser les étudiants et créer un sentiment d’appartenance envers leur association. C’est beaucoup plus facile de mobiliser quelques centaines d’étudiants d’une même association, que d’essayer de rassembler 40 000 étudiants pour une seule cause.

De plus, la FÉUO ne fait jamais d’Assemblé Générale, ce qui a pour effet d’empêcher tout débat et de créer un total jemenfoutisme envers la politique étudiante. On écarte délibérément les étudiants de la politique et des enjeux qui les concernent. De toute évidence, ces derniers ne sont pas les uniques responsables de cette situation.

En éloignant la masse estudiantine de la politique étudiante, cela donne carte blanche au Conseil d’administration de la FÉUO pour prendre toutes les décisions au nom des étudiants. Ceux-ci ignorent tout des décisions prises en leur nom puisque les procès-verbaux ne sont pas publiés sur le site web de la Fédération. Belle transparence.

Une écrasante majorité boude les élections étudiantes à chaque scrutin. Il ne faut pas leur en vouloir. Il semble que la FÉUO fait de son mieux pour désintéresser les étudiants à la chose politique. On organise des activités abrutissantes comme la Semaine 101, on met sur pied une campagne pour souligner Movembre, on crée un futile Yéti pour attirer les étudiants au Défi hivernal, mais on oublie la raison d’être de l’Université. Créer une communauté d’intellectuels et de savants capables de critiquer et réfléchir sur la société. Former des femmes et des hommes détenant les outils et les connaissances pour transformer et faire progresser leur société, plutôt que de la reproduire bêtement. Où sont passés les débats, la politique, l’engagement social et communautaire, la démocratie directe et les assemblées générales?

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