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Des services médicaux en français ? Patientez, ça ne sera pas long !

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3 octobre 2021

Crédit visuel : Nisrine Nail – Directrice artistique

Un article rédigé par Johan Savoy – Journaliste

L’Université d’Ottawa (l’U d’O) dispose sur son campus du centre médical Équipe de santé familiale ByWard, permettant aux étudiant.e.s de bénéficier de soins de santé. Il s’avère cependant que l’accès aux soins n’est pas toujours simple, notamment pour les étudiant.e.s francophones qui se voient parfois dans l’obligation d’attendre plusieurs semaines avant de pouvoir consulter un.e professionnel.le qui parle français.

L’Équipe de santé familiale ByWard propose ainsi l’accès aux soins de santé et aux services médicaux courants, en plus de services dédiés à la santé mentale. Cet environnement permet donc aux étudiant.e.s, en théorie plutôt facilement, de pouvoir bénéficier de soutien et d’un accès aux soins. La réalité diffère cependant quelque peu selon les sources interrogées, notamment en ce qui concerne les étudiant.e.s francophones qui voient les délais s’allonger, parfois jusqu’à plusieurs semaines.

Un corps médical pas vraiment bilingue

Le répertoire des professionnel.le.s de santé exerçant sur le campus, qui est présenté sur le site web de l’Équipe de santé familiale ByWard, témoigne que le personnel médical n’est pas toujours bilingue, loin s’en faut. 

Celui-ci rapporte 97 professionnel.le.s, comprenant des médecins, des spécialistes, des infirmier.ère.s, des travailleur.euse.s en santé et des conseiller.ère.s. Parmi ces dernier.ère.s, 49 sont décrit.e.s comme étant bilingues, ce qui représente 50,52 % du corps médical. En ce qui concerne la santé mentale, neuf travailleur.euse.s ou conseiller.ère.s sont rapporté.e.s, et six d’entre eux.elles sont bilingues, soit 66,67 %. 

D’après les chiffres fournis par l’Université, 13 000 étudiant.e.s francophones sur un total de 45 000 peuplent aujourd’hui le campus. 

« Le médecin ne comprenait pas toujours ce que je lui disais »

Carla Lesueur, étudiante en quatrième année à l’U d’O, a dernièrement éprouvé le besoin de consulter un.e médecin de la clinique de santé de l’Université afin d’être orientée vers un.e spécialiste. Elle affirme qu’après avoir choisi l’option « français » lors de son appel téléphonique, le.la standardiste était francophone mais pas le.la médecin vers qui elle a été transférée. Une situation qui a provoqué une certaine incompréhension chez l’étudiante, qui souhaitait pouvoir consulter dans sa langue natale, afin d’être en mesure d’énoncer clairement son problème. 

Annie Duguay, médecin résidente de l’Hôpital de Gatineau spécialisée en médecine familiale, est une ancienne étudiante diplômée en médecine à l’U d’O. Questionnée sur l’importance de pouvoir consulter dans sa langue, elle confie « qu’il est essentiel que le.la patient.e et le.la médecin puissent communiquer et se comprendre parfaitement, ne serait-ce que pour l’énonciation des symptômes. »

Lesueur ajoute qu’elle a eu à consulter pas moins de quatre médecins suite aux problèmes de santé l’ayant atteinte et que, parmi ces médecins, seulement un.e parlait français mais avait tout de même du mal à la comprendre. 

Duguay affirme qu’un.e médecin qui ne parle pas la langue de son.sa patient.e peut manquer certaines choses importantes dans l’établissement de son diagnostic, ce qui peut potentiellement entraîner de graves conséquences. Elle termine en insistant sur le fait que « la décision d’accepter un traitement ou non de la part du ou de la patient.e nécessite également une compréhension totale et sans ambiguïté ».

Des méthodes qui interpellent 

Lesueur poursuit son témoignage en affirmant que le premier médecin qu’elle a consulté a expédié très rapidement son cas. Elle s’étonne de l’avoir entendu avancer que le problème était probablement « hormonal » et que ses maux finiraient par passer. Une conclusion selon elle hâtive et qui la laissait perplexe.

Elle explique que, comme elle l’avait prédit, le temps n’a pas réglé son problème. Il a fallu par conséquent qu’elle contacte de nouveau la clinique pour tenter de reprendre un rendez-vous, ceci impliquant de subir une nouvelle fois les longs délais d’attente.

Lors de ce nouvel appel, le.la médecin lui a annoncé, cette fois-ci, qu’il.elle allait finalement la référer à un.e spécialiste de la région d’Ottawa. C’est en appelant la clinique quelque temps plus tard, pour une autre prescription, qu’elle apprendra n’avoir jamais été référée. Lesueur termine en déplorant : « Par chance, la personne que j’ai eue au téléphone cette fois-ci avait des connaissances vis-à-vis de mon problème, et j’ai finalement pu obtenir de l’aide. » 

La Rotonde a essayé de contacter l’Équipe de santé familiale ByWard afin d’obtenir des précisions quant aux difficultés éprouvées par les étudiant.e.s francophones pour accéder aux services médicaux en français. Cependant, les diverses tentatives sont restées vaines.