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Le changement d’heure : un sujet de discorde entre industriels et scientifiques

Johan Savoy
7 novembre 2021

Crédit visuel : Nisrine Nail – Directrice artistique

Article rédigé par Johan Savoy – Journaliste

Sans cesse remis à l’ordre du jour dans l’agenda des projets de réformes des gouvernements provinciaux, le changement d’heure demeure, pour l’instant, bien en vigueur dans les provinces de l’Est canadien. Une abolition serait cependant nécessaire si l’on en croit les scientifiques, dont l’avis sur le sujet est sans équivoque.

À la veille d’un nouveau changement d’heure, le débat fleurit de nouveau à travers les médias sur la nécessité d’y mettre un terme. Nombreux.ses sont les politicien.ne.s et les hommes et femmes d’affaires à mettre en avant les bénéfices économiques qu’apporterait un passage définitif à l’heure d’été, cependant l’avis scientifique sur la question diffère largement. Celui-ci avance même qu’il serait préférable de conserver l’heure standard, plus communément appelée l’heure d’hiver.

Des origines économiques

Joseph-Marie De Koninck, professeur émérite à l’École de psychologie de l’Université d’Ottawa (U d’O) et spécialiste des troubles du sommeil, explique que le changement d’heure canadien trouve son origine lors de la Première Guerre mondiale. Un changement, comme il l’explique, mis en place pour permettre aux gens de travailler plus tard, dans le but d’augmenter le rendement des usines.

Il poursuit en exposant que « le changement d’heure a ensuite été conservé pour économiser sur l’électricité, puisqu’il s’agissait d’une énergie relativement onéreuse à l’époque, aussi bien pour les industriels que pour les particuliers ».

Cette modification horaire, comme l’indique De Koninck, a donc été créée à des fins économiques, mais s’est finalement imposée dans le temps puisqu’elle est encore présente aujourd’hui. Une tendance grandissante se dégage tout de même dans la volonté des différents acteur.ice.s de la société à propos d’y mettre un terme, même si les motivations ne sont toujours pas de même nature.

Quels sont ses impacts ?

Selon De Koninck, tout changement d’heure a un effet sur l’organisme puisqu’il engendre une désynchronisation de l’horloge interne, elle-même responsable de la régulation de toutes les activités humaines telles qu’entre autres la faim, la digestion ou encore la mémoire.

Ainsi, la synchronisation de cette horloge interne est directement conditionnée par l’exposition à la lumière, poursuit le professeur, en précisant que « la lumière est l’élément qui permet à l’organisme de se synchroniser avec l’environnement ».

Ashley Nixon, étudiante en sixième année de doctorat en psychologie expérimentale à l’U d’O, souligne quant à elle que le changement d’heure intervenant au printemps est davantage problématique que celui d’hiver puisqu’il implique une réduction du temps de sommeil.

« Il y a cependant une perturbation des cycles circadiens dans tout changement d’heure », relève-t-elle, expliquant que ce phénomène peut avoir des conséquences plus ou moins graves à terme. Il est question notamment de dégradation de l’humeur, de prises de poids, d’augmentation du niveau d’anxiété, de diminution de la vigilance et dans les cas les plus graves, d’accidents vasculaires cérébraux et de crises cardiaques.

De Koninck précise néanmoins que le changement d’heure automnal a un impact plus relatif sur l’organisme puisque celui-ci permet de « gagner » une heure de sommeil en théorie. « Ainsi, on relève que les accidents de la vie et les crises cardiaques ne subissent pas une augmentation aussi marquée qu’au printemps », constate-t-il.

L’abolir ; oui, mais à quelles fins ?

À propos de la réflexion entourant une révision du changement d’heure, Nixon mentionne que la Société canadienne du sommeil a dernièrement publié une déclaration indiquant clairement une prise de position pour son abolition, avec un maintien constant de l’heure standard.

Une déclaration qui fait suite à des travaux de recherche auxquels a participé De Koninck, qui ajoute de son côté que « l’idée fait consensus dans le monde scientifique ». Il déplore toutefois que les débats entourant cette éventuelle abolition soient souvent menés par toutes sortes de gens sauf, justement, des scientifiques. 

Nixon précise de son côté que cette position soulève également un certain questionnement quant à l’alignement entre les provinces ou avec les États-Unis, ce qui ajoute une nouvelle dose de complexité au débat.

Concernant finalement les enjeux, industriels et scientifiques s’affrontent donc sur la posture à adopter dans le cas d’une suppression du changement d’heure, comme l’affirme De Koninck. Propos qu’il illustre avec le cas de l’Alberta, une province qui milite pour un maintien de l’heure d’été à longueur d’année : « Dans cette province, c’est toute l’économie du pétrole qui est intéressée à conserver l’heure avancée, de manière à allonger les temps de forage quotidiens. »

Une volonté qui s’est d’ailleurs traduite par la tenue d’un référendum le 18 octobre dernier, où une courte majorité de 50,2 % a finalement décidé de maintenir le changement d’heure, représentant ainsi un revers pour l’industrie pétrolière.

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