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L’écran de fumée antiraciste de l’Université

Crédit visuel : Nisrine Nail – Directrice artistique

Par Thelma Grundisch – Journaliste

La mention d’une insulte raciale le mois dernier par une professeure en arts visuels de l’Université d’Ottawa (l’U d’O) invite à faire le point sur le racisme au sein de l’établissement. Il semble lui rester un long chemin à parcourir pour garantir à l’ensemble de ses étudiant.e.s un environnement inclusif et respectueux.

L’évocation du « n-word » par la docteure Lieutenant-Duval a immédiatement interpellé les étudiant.e.s du cours ART3117 Art et genre, il y a maintenant quelques semaines. Si elle s’est excusée et a déclaré « ne pas être experte dans la question » dans un courriel adressé à ses étudiant.e.s, un tel constat de la part d’une enseignante en 2020, au lendemain de l’expansion du mouvement  La Vie des Noirs compte (Black Lives Matter), n’est pas sans conséquence pour les communautés universitaire et racisée.

Promesses et désillusion

Le recteur Jacques Frémont publiait en juin dernier un communiqué pour réaffirmer l’engagement de l’U d’O à combattre le racisme. Il y affirmait que les cadres supérieurs de l’Université, lui compris, ont participé à « une série d’ateliers de formations obligatoires […] afin de nous sensibiliser aux préjugés raciaux ». Il précisait aussi qu’il ne s’agissait là que d’une première étape, et que « ce type d’atelier sera offert à tous les membres du personnel de l’Université ».

S’il mentionne les progrès atteints par la communauté face au racisme, les internautes ne semblent pas être du même avis, surtout face aux propos de Lieutenant-Duval. Dans un courriel partagé sur Twitter le 30 septembre dernier par @cassandrazzi, la professeure s’excuse suite à la plainte d’une étudiante. Elle se justifie en expliquant qu’on ne la jamais reprise sur l’utilisation de ce mot auparavant, et ajoute : « Je l’ai entendu à maintes reprises à l’Université, venant de professeur.e.s blanc.he.s ». 

Elle a par la suite adressé un courriel à l’ensemble de ses étudiant.e.s pour préciser que son usage du « n-word » a été pris hors de son contexte d’utilisation. Cela explique, selon elle, pourquoi l’incident a pris autant de proportions, qui lui valent désormais « des courriels d’insultes, un article dans le journal de l’U d’O et une enquête pour racisme ».

Lieutenant-Duval mentionne également dans ce même courriel ses inquiétudes à l’égard de son avenir académique, en écrivant à ses élèves : « J’espère être là demain après-midi pour donner mon cours ». L’étudiante qui a partagé le courriel, souhaitant garder l’anonymat, témoigne que l’enseignante a annulé tous ses cours depuis l’incident, et a été remplacée pour le moment. 

L’étudiante s’est également entretenue avec Jenepher Lennox-Terrion, Vice-doyenne des affaires étudiantes, au sujet de la situation. Celle-ci explique qu’à ce jour, la professeure Lieutenant-Duval ne remplit pas les conditions requises pour enseigner, mais qu’elle devrait pouvoir reprendre ses cours dès la semaine prochaine.

Elle ajoute qu’une deuxième section du cours ART3117 sera offerte par un.e autre professeur.e pour les étudiant.e.s qui ne se sentent pas à l’aise de poursuivre le semestre avec Lieutenant-Duval. La Vice-doyenne présente ses excuses aux élèves pour le retard pris dans les cours, et mentionne que des accommodations leur seront offertes pour les devoirs. 

Point de vue des étudiant.e.s

L’incident a rapidement fait réagir la population uOttavienne sur les réseaux sociaux. L’étudiante Shady Sartaj a notamment partagé une lettre type sur son compte Instagram, qui demande que des sanctions soient prises par l’Université. La lettre a rapidement été relayée, et fait remarquer que « l’utilisation de ce mot sous aucune forme ne fait progresser l’aspect éducatif d’un cours, mais constitue plutôt une façon ignorante d’enseigner ».

Elle ajoute surtout que « la professeure a mentionné la liberté d’expression [dans ses excuses], mais les étudiant.e.s de sa classe se sont fait dire que s’ils continuent à parler de cette “controverse”, leurs notes en pâtiront, ce qui est une violation directe des règles de l’université ». 

Les étudiant.e.s s’opposent à cette dite hypocrisie et ignorance de l’Université, comme le déclare l’étudiant Kerry Menelas. « Depuis mon arrivée en 2018, des actions racistes, des préjugés, des micro-agressions ont toujours été au rendez-vous. J’en ai écouté, [j’ai] assisté et même subi des actions racistes au sein de l’Université », explique-t-il.

Les propos de Menelas contrastent nettement avec ceux de Patrick Charrette, chef des communications, qui affirme qu’au sein de l’U d’O « chaque personne a droit à un environnement exempt de discrimination et de harcèlement, et à être traité.e avec dignité et respect ». 

Actions mises en place

Mélissa Durimel, étudiante en Psychologie et membre du Laboratoire de recherche Vulnérabilité, Trauma, Résilience et Culture (V-TRaC), déclare travailler avec son équipe sur une formation anti-raciste destinée en particulier à la population étudiante et au personnel universitaire. Aux côtés d’autres initiatives, ce projet a pour but « d’aider tous les membres de la société à comprendre le racisme, ses conséquences et les avantages de vivre sans discrimination raciale », comme l’annonce Durimel.

L’importance de l’éducation dans la lutte contre la discrimination est également soulignée dans la pétition créée par Saya Takura, ancienne élève de l’U d’O. Elle demande, avec près de 6800 signataires, une éducation plus inclusive, et la formation et sensibilisation des employé.es de l’Université et de tou.te.s les étudiant.e.s à la nécessité de l’antiracisme. 

La communauté uOttavienne demande donc expressément que les choses changent. La faculté des Arts assure enquêter actuellement sur la situation, mais de vraies mesures se font encore attendre. 

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