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Éditorial

L’Ontario, terre d’improvisation et de mobilisation

Rédaction
26 novembre 2018

Éditorial

Par Mathieu Tovar-Poitras – Rédacteur en chef

Vous vous rappelez quand Denise Bombardier était la principale source d’affront envers les francophones du Canada ? Malheureusement, elle est rapidement passée aux oubliettes lorsque l’obsession du redressement financier du gouvernement ontarien a giclé sur les Franco-ontariens. Et maintenant ? Voilà qu’ils improvisent.

Le 15 novembre dernier qualifié avec raison de Jeudi noir, le Premier ministre Doug Ford annonçait l’élimination du Commissariat aux services en français et l’abandon du projet de l’Université de l’Ontario français. Le 23 novembre, un autre coup de théâtre. Ford annonce qu’il fait marche arrière sur certaines de ces décisions.

En grande partie grâce aux réactions liées à ses décisions initiales, on ne peut s’empêcher de penser que cette timide tentative de réconciliation n’est en fait qu’un leurre superficiel. Par exemple, le gouvernement progressiste-conservateur a annoncé qu’il créera un poste de commissaire aux services en français au sein du Bureau de l’ombudsman. Pourtant, n’avait on pas cité des restrictions budgétaires pour justifier cette coupure ? Oui, mais voilà que les employés – 13 pour être exact – du Commissariat seront transférés au Bureau de l’ombudsman et que le commissaire pourrait être assigné à un autre poste. Ce n’est plus des politiques, mais des jeux d’improvisation.

Ford a aussi annoncé qu’il créerait un poste de conseiller principal pour les affaires francophones. En fait créer n’est pas le bon mot. Il rétablira plutôt le poste qu’il avait pourtant aboli une fois devenu chef du Parti progressiste-conservateur. Autre péripétie, le ministère des Affaires francophones fera son retour. En revanche sans ressources, on s’entend que c’est une décision empreinte d’un symbolisme redondant.

Autre surprise, Caroline Mulroney, ministre déléguée aux Affaires francophones, s’est prononcée. Enfin, elle a lancé des paroles non contraignantes concernant le projet de l’Université de l’Ontario français et a expliqué que le dossier était plutôt suspendu. Pas convaincu.e ? Dites-vous qu’au moins on essaie de vous flatter dans le sens du poil en espérant que vous ne mordrez pas. Vous êtes soudainement importants, profitez-en.

Le danger de politiser

Mais en fait, êtes-vous vraiment la cible des concessions de Ford ou vous mène-t-on plutôt en bateau ? Certes les mobilisations ont certainement eu leur impact, mais on sait que le Premier ministre se disant pour le peuple ne l’écoute pas, ou plutôt n’écoute que ceux qu’il veut entendre. C’est quand même lui qui a reçu une lettre du groupe Canadians for Language Fairness lui demandant de couper les ressources financières aux affaires francophones et de faire de l’Ontario une province anglophone à tous les niveaux.

Ford cherche à atténuer les critiques certes, mais plutôt celles venant de la sphère politique. Ce dernier a reçu une vague de critiques provenant du fédéral, des autres provinces, des maires de villes et municipalités ainsi que d’anciens acteurs. Le dossier linguistique n’est plus que confiné à l’Ontario, il a atteint une échelle pancanadienne. Cependant il ne faut pas penser trop fort pour noter que le tout commence à faire de la mauvaise publicité pour le gouvernement ontarien.

Toutefois, le danger d’agir pour concilier ses alliés politiques avant le peuple a pour effet d’introduire un aspect politisé au dossier. C’est une réalité qui a malheureusement commencé à habiter les discours publics. Les libéraux et les conservateurs du palier fédéral s’accusent mutuellement de ne pas réagir adéquatement en incorporant des attaques visant les partis et non les rhétoriques soulevées.

Il est particulièrement inquiétant de voir qu’on est prêt à réduire les langues officielles pour gagner des points aux prochaines élections. Pourtant n’est-ce pas un pilier de notre constitution ainsi qu’une réalité transversale de l’histoire canadienne ? Il semblerait que oui, mais son utilisation dans les attaques entre partis remet en question le respect réel qu’on lui accorde.

Mobilisations unies ?

On dit que la communauté s’organise, mais à quel point ? Du point de vue organisationnel, une décentralisation des initiatives a dilué l’impact de l’argumentaire. La multiplicité des acteurs individuels qui ont mis sur place des projets à l’échelle locale a certes attiré l’attention. Cependant, cela s’est fait au détriment d’événements de plus grande ampleur centralisés autour du même épicentre, mais mis en œuvre sur une base territoriale décentralisée.

Le plus grand défi que la communauté aura à surmonter est de ne pas freiner son élan. C’est plus facile à dire qu’à faire étant donné que ce dossier représentera un long combat. On peut légitimement critiquer les institutions représentant la communauté franco-ontarienne pour leur temps de réaction ainsi que leurs efforts de mobilisation. En revanche, ce n’est pas le moment pour les egos voulant les projecteurs, les actions fondées sur une attitude réactionnaire et une satisfaction de se contenter de s’exprimer au lieu d’agir.

Des actions il y en a. Prenons le cas des manifestations prévues à Ottawa le 1er décembre. Cette mobilisation physique est attendue et souhaitable. Le point d’interrogation reste qu’il y en aura 4 à Ottawa, la même journée. Les lieux de rassemblement sont logiques – le Monument des droits de la personne et les bureaux de députés progressistes-conservateurs de la région – mais il est tout de même curieux que l’on ait préféré cette stratégie à une seule manifestation, mais de plus grande envergure.

Que ce soit à petite échelle, mais dans un courant collectif comme l’affichage de symboles franco-ontariens ou sur une plus grande scène, telle que la prise de position de la députée progressiste-conservatrice Amanda Simard contre son parti, ces actions doivent suivre un but commun.

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