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L’U d’O et les violences sexuelles depuis la pandémie

Crédit visuel : Archives

Article rédigé par Miléna Frachebois – Co-rédactrice en chef

Une femme ou fille est agressée sexuellement toutes les 17 minutes au Canada. Cette statistique sort du documentaire Une seule solution, l’empoWOMEN produit par le Centre d’Aide et de Lutte contre les Agressions à Caractère Sexuel (CALACS). Qu’en est-il des violences sexuelles à l’Université d’Ottawa (U d’O) pendant la pandémie ? Est-il évident de demander de l’aide ? 

Selon un rapport de Statistique Canada publié en 2020, 7 étudiant.e.s sur 10, soit 71 % d’étudiant.e.s des établissements d’enseignement postsecondaire canadiens ont été témoins ou victimes de comportements sexualisés non désirés dans un contexte d’études postsecondaires au courant de l’année 2019. Ces données comprennent les situations sur le campus ou hors campus impliquant des étudiant.e.s ou d’autres personnes rattachées à l’établissement d’enseignement. 

D’après Klehr D’souza, intervenante en droits de la personne, prévention de la violence sexuelle et résolution de conflits au Bureau des droits de la personne (BDP) de l’U d’O, cette statistique n’échappe pas à l’Université. 

Pandémie et violences sexuelles

D’souza indique que le BDP a reçu de la part de la communauté étudiante un total de 112 demandes de services liées à la violence sexuelle, entre  le 1er mai 2019 et le 30 avril 2020. Le rapport de l’année suivante comptabilise quant à lui 98 demandes. Sana Almansour, Commissaire à l’équité intérimaire du Syndicat étudiant de l’Université d’Ottawa (SÉUO) précise tout de même que les chiffres du BDP sont difficiles à interpréter puisque seulement une minorité des survivant.e.s utilise ce service. 

Pendant la pandémie, le BDP a continué d’offrir ses services en ligne afin de rester entièrement disponible pour les étudiant.e.s exprime l’intervenante du BDP. Cependant, elle reconnaît que « l’accès [à leurs services] n’était pas optimal en raison des circonstances ». 

Pandémie, campus virtuel et baisse d’interactions sociales : ce n’est pas pour autant que les violences sexuelles ont disparu, insiste Almansour. Elle ajoute que c’est la nature de la violence qui a changé, puisque l’environnement d’apprentissage est en ligne et les interactions sont virtuelles. Les chiffres du Rapport sur la prévention de la violence sexuelle de l’Université d’Ottawa de l’année 2020-2021 reflètent ce changement fait remarquer la Commissaire à l’équité. Contrairement au rapport de l’année 2019-2020, Almansour note l’apparition de cas de violence domestique et de cyberharcèlement dans le rapport de l’année 2020-2021. 

Obstacles qui persistent

Les deux sources affirment que des ressources sont disponibles sur le campus et hors campus. Cependant, celles-ci ne sont pas assez soutenues par le gouvernement, précise Josée Laramée, la coordinatrice des services d’intervention du CALACS. Elle s’indigne du montant alloué par le gouvernement au CALACS. Elle dévoile que depuis les 25 ans d’existence de l’organisme, le financement a connu une augmentation de 13 %. Parallèlement, le coût de la vie a quant à lui augmenté de presque 50 %. 

La francophonie est aussi un facteur d’injustice dans le cas des violences sexuelles. Le CALACS décide d’en parler dans son documentaire Une seule solution, l’empoWOMEN sorti au mois de mai. Laramée explique cette décision « Nous avons choisi d’en parler dans le documentaire parce qu’un.e survivant.e qui porte plainte n’est pas assuré.e de recevoir un service de police francophone. C’est un moyen de dénoncer les institutions ». Elle poursuit que c’est important de pouvoir raconter son histoire et exprimer ses émotions dans sa langue natale. 

Le SÉUO et l’U d’O rejoignent Laramée sur l’enjeu de la francophonie. Pour la Commissaire à l’équité, il est question de « mêmes opportunités équitables ». D’souza soutient l’impératif d’avoir accès à des services dans la langue officielle de son choix, sur le campus mais aussi hors campus. 

Comment savoir où aller ? 

Des ressources existent pour les survivant.e.s de l’U d’O. En ce qui concerne le Syndicat, Almansour explique que « le SÉUO n’est pas suffisamment bien équipé pour traiter adéquatement les cas de violence sexuelle. Si nous recevons des cas, nous orientons ces gens vers le BDP ».

La Commissaire à l’équité intérimaire explique que le Syndicat et le BDP travaillent ensemble. Le rôle du SÉUO est plus passif, mais il appuie le BDP et l’aide à s’améliorer. « Nous ne voulons pas de processus séparés afin de ne pas désorienter l’individu » ajoute Almansour. 

Le BDP compte des « partenaires clés » indiqué dans la section I de son rapport annuel, dont le CALACS. Laramée précise que l’organisme aide les survivant.e.s en leur offrant un service par le biais de l’institution. Ainsi, elle pense que cela donne un sentiment de sécurité et de détachement avec l’Université. Ce service, sans liste d’attente, offre de l’appui individuel, des rencontres hebdomadaires en ligne, des ateliers thématiques, se réjouit Laramée. 

À la question « où aller ? », la représentante du BDP répond que c’est au.à la survivant.e de décider ce qu’il.elle préfère, mais celle-ci conseille de passer directement par le BDP. En effet, le Bureau a une entente avec le CALACS ainsi que d’autres partenaires. Une référence du Bureau des droits de la personne garantit donc que le.la survivant.e aura accès à un.e conseiller.ère, conclut-elle.

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