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Éditorial

Francophone, où est ta place ?

Crédit visuel : Archives

Par Caroline Fabre – Rédactrice en chef

Alors que le 25 septembre, date de la journée des Franco-Ontarien.ne.s, approche à grands pas, de nombreuses interrogations émergent quant à la place de la francophonie en Ontario. Entre projets inachevés, problèmes identitaires, et sous-représentation, comment sont représenté.e.s les francophones en Ontario ?

Campus bilingue ?

Si vous fréquentez l’Université d’Ottawa (U d’O), vous avez sûrement déjà eu l’opportunité de lire le slogan « l’U d’O est la plus grande université bilingue (français-anglais) au monde », affiché à différents endroits sur son site internet. Si elle apparaît comme l’une des fiertés de l’université, la réalité francophone est pourtant toute autre. Il convient cependant de nuancer nos propos ; l’université est effectivement considérée comme bilingue, mais ce bilinguisme est loin d’être total.

« La francophonie occupe une place privilégiée parmi nos recherches et nos programmes d’études. », peut-on lire en ligne. Alors pourquoi n’avons-nous pas accès à tous les cours dans les deux langues ? En effet, selon un rapport proposant au Sénat un plan d’action pour les programmes et services en français à l’U d’O sur une période de 2007 à 2012, « certains programmes d’études ne permett[ai]ent pas aux étudiants de compléter leur parcours en français. »

Que ce soit à cause de cours obligatoires disponibles en anglais seulement, ou de l’insuffisance des cours optionnels accessibles aux francophones, le ratio des cours proposés en français et en anglais est loin d’être égal. Selon des statistiques du rapport précédemment mentionné, « en 2006-2007, sur un total de 103 programmes de premier cycle (les programmes de langues ne sont pas inclus), 66 (64 %) étaient complètement disponibles en français et en anglais, tandis que 24 (23 %) étaient complètement disponibles en anglais et partiellement en français. Des programmes restant, sept étaient offerts seulement en français, trois seulement en anglais et trois étaient intégralement bilingues, offrant à la fois des cours en français et en anglais. » 

De plus, et dans une multitude de cours, les lectures à effectuer sont disponibles en anglais uniquement. Certes, le savoir scientifique semble être rédigé dans la langue de Shakespeare en premier, mais au 21ème siècle, nous disposons peut-être de suffisamment d’outils pour proposer du contenu intéressant et dans la langue adaptée.

Il conviendrait de mentionner aux étudiant.e.s qu’ils ou elles ne pourront compléter leur parcours sans prendre de cours en anglais, et ce, dès lors de leur inscription, pour qu’ils ou elles puissent s’organiser au plus vite. Mais une fois de plus, c’est notre responsabilité de nous organiser, pas celle de l’Université. Et le problème ne concerne pas seulement les étudiant.e.s au premier cycle, puisque, toujours selon le même rapport, « la très grande majorité des cours aux cycles supérieurs ne sont pas disponibles en français. »

Meilleure représentativité

Alors pourquoi ne pas créer plus de cours en français, et ainsi équilibrer le ratio entre cours francophones et anglophones ? Après tout, un surplus budgétaire conséquent a été découvert l’an passé, et permettrait l’embauche de personnel supplémentaire, et l’élaboration de différentes propositions de cours.

Si « la francophonie et le bilinguisme, [sont] au cœur du mandat de l’Université », ce n’est pas le fait d’avoir un monument de la francophonie, un carrefour francophone, et un centre du bilinguisme qui nous distraira de cette absence de représentation. Et par représentation, nous entendons une considération des francophones pendant l’année complète, et pas seulement quelques jours par an, à l’occasion du mois de la francophonie en mars, ou de la journée des Franco-Ontarien.ne.s en septembre. 

« La représentation des étudiants francophones à l’Université d’Ottawa est passée sous la barre symbolique des 30 %, en 2018. Ils sont désormais 12 723 étudiants francophones sur un effectif total de 42 526 étudiants, le nombre le plus bas depuis 2010 », écrivait TFO l’an passé. Comment se sentir représenté.e par une structure qui se vante d’être bilingue depuis sa formation en 1848, mais qui perd de plus en plus d’étudiant.e.s francophones, et ne semble pas vouloir agir pour les regagner ?

Exister ou subsister ?

En tant que journal universitaire francophone, nous avons nous aussi affaire à cette crise identitaire que affectent les francophones de l’U d’O. Être bilingue est pratiquement devenu une des conditions sine qua non lors des embauches ; assez ironique pour un journal fondé par la Société des débats français, vous ne trouvez pas ?

Il est dur d’exister sur un campus où les trois quarts des étudiant.e.s parlent l’anglais, et où les événements se passent régulièrement dans cette langue. Il n’y a qu’à prendre l’exemple de la rentrée, et de sa traditionnelle semaine 101, dont la large majorité de célébrations est proposée en anglais. 

Vaste problème

Force est de constater que cette crise frappe à un niveau bien plus large, et notamment au niveau provincial. Comment trouver sa place quand le gouvernement choisit de financer des projets, puis de se rétracter, avant de redonner son feu vert ?

Citons notamment le projet de l’Université de L’Ontario Français (UOF). Après avoir donné son feu vert, le gouvernement de Doug Ford a mis fin au projet, évoquant les défis économiques rencontrés par la province. C’est finalement à deux jours de la date où le financement provincial de l’Université arrivait à son terme, que le gouvernement fédéral a choisi de d’investir 1,9 million de dollars.

De quoi relancer le projet de cette université supposée ouvrir ses portes en septembre 2021. En espérant toutefois ne pas voir de nouveau rebondissement concernant son financement. Mais avec le gouvernement de Ford, nous ne sommes pas à l’abri de mauvaises surprises. 

Identité enfin reconnue 

Si la francophonie peine à se faire reconnaître, relevons tout de même que les célébrations de la journée des Franco-Ontarien.ne.s auront, ce 25 septembre, un goût sucré. Le drapeau franco-ontarien, créé en 1975 et reconnu comme symbole de la communauté francophone en 2001 sera (enfin) élevé, le 24, au rang des symboles de l’Ontario, aux côtés du drapeau provincial, du trille blanc, du tartan, du huard, du pin blanc, de l’améthyste, et des armoiries. La 45ème édition du Festival Franco-Ontarien, qui prendra place un peu partout dans la capitale les 25 et 26 septembre prochains, sera donc placée sous le signe de la reconnaissance de ce drapeau, après des années de lutte. 

Et toi francophone, as-tu trouvé ta place ?

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