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Montée de triche à l’U d’O depuis la transition vers les cours en ligne

Crédit visuel : Unsplash 

Article rédigé par Emmanuelle Gingras – Journaliste

L’Université d’Ottawa (U d’O) aurait connu une hausse considérable de triches depuis la transition vers les cours en ligne en 2020. Alors que la triche a été facilitée d’accès depuis la pandémie, La Rotonde se penche sur les multiples mécanismes l’ayant permis, ainsi que sur la réaction de l’Université et du corps professoral. 

Pour Michel Labrosse, vice-doyen de la Faculté de génie et professeur, la hausse de 0.5 en terme de moyenne générale dans sa Faculté n’est pas nécessairement synonyme d’une augmentation de cas de triches. « Nous avons baissé le poids des examens finaux. En étant moins stressé.e.s, on s’est dit que les étudiant.e.s avaient peut-être moins de chance de tricher », explique-t-il.

Alain St-Amant, professeur et vice-doyen aux études de premier cycle et à l’expérience à la Faculté de sciences à l’U d’O est du même avis. D’après lui, plusieurs enseignant.e.s, dont lui-même, auraient simplement été plus généreux.ses en raison des circonstances déstabilisantes de la pandémie.

St-Amant mentionne toutefois que les cas frauduleux n’auraient jamais été aussi élevés que dans la dernière année et demie. L’expert en science affirme qu’environ cinq à six cas de triche par semestre seraient normalement identifiés dans la Faculté de sciences. En automne 2020, les chiffres auraient passé à environ 90 et l’hiver passé, à environ 105, révèle-t-il. Il se rassure en affirmant malgré tout que « les cas ont été relativement faciles à prouver ». L’U d’O ainsi que Labrosse n’ont pas souhaité révéler des chiffres.

Des mécanismes de triche décodés

Les deux enseignants soulèvent CHEGG comme l’un des principaux vecteurs frauduleux employés par leurs étudiant.e.s. La plateforme d’aide aux devoirs, qui est accessible en tout temps, aurait été plus populaire que jamais dans la dernière année, bien qu’il s’agisse d’un programme utilisé avant la pandémie, comme le soulève Labrosse.

St-Amant signale de son côté que « lorsqu’ un examen est donné, les réponses apparaissent sur CHEGG ». « Souvent, elles [les réponses] étaient très mauvaises. C’est comme ça qu’on a identifié la triche. Beaucoup de professeur.e.s avaient des comptes sur CHEGG. J’avais un compte sur CHEGG. Quand on a un compte, on peut voir les noms [des étudiant.e.s qui utilisent le programme] », ajoute-il.

Le logiciel Discord aurait également fait partie de la liste de complices pour faciliter la communication entre les universitaires. Des professeur.e.s plus expérimenté.e.s en technologie se seraient fait des comptes anonymes, et c’est ainsi qu’ils.elles auraient accédé aux échanges illégaux lors d’examens, souligne St-Amant.

Dans le tumulte de tricherie, Labrosse insiste sur le fait que plus d’un.e tuteur.e se serait rempli les poches d’argent en effectuant du blackmail. Après avoir complété les obligations académiques d’un.e étudiant.e, certain.e.s les dénonçaient à l’Université ou menaçaient de le faire, alarme Labrosse. « Il y a eu plusieurs cas [de chantage] cette année […]. Le.la tuteur.e fait du chantage auprès de l’étudiant.e et leur dit de payer plus [d’argent] ou je ne sais quoi », déplore-t-il.

Enfin, le professeur de génie exprime son désarroi face à la fraude, qu’il définit comme étant « largement répandue ». « Ça [la tricherie] me gêne énormément ! […] Il va y avoir des étudiant.e.s qui vont passer à travers leur baccalauréat de génie, par exemple, et ils.elles n’ont pas bien maîtrisé des concepts de calculs. […] C’est une question de sécurité publique ! ». 

L’avis des étudiant.e.s

Karine *, étudiante en informatique à l’U d’O, avoue qu’elle a triché pour la quasi totalité de ses examens finaux et de mi-session dans la dernière année et demie. « Tout ce qui demandait de la mémorisation ou de la connaissance externe, je le googelais. ». Elle révèle avoir complété plus d’un examen en compagnie de ses collègues de classe.

Maxime *, de son côté, termine ses études en marketing à Telfer.  Il confie n’avoir jamais vraiment triché avant la pandémie, mais qu’il l’aurait fait environ trois à quatre fois depuis. Il s’agit, pour lui, d’un échange réconfortant, lui ayant redonné « un sens de communauté dans une période incertaine ».

« Bizarrement, ça m’a rapproché des ami.e.s que je me suis fait pendant la pandémie […] Avoir d’autres gens autour de moi [pendant les examens], même si je n’en avais pas besoin, était sécurisant », poursuit le finissant de Telfer.

André * a quant à lui payer des tuteur.e.s pour compléter deux de ses examens. Pour ses deux dernières années de baccalauréat d’art en études interdisciplinaires, il affirme avoir été « débordé avec [son] travail à distance, [d’avoir vécu] une grosse déprime, en plus [d’avoir dû confronter] de mauvaises nouvelles à chaque jour ». Il était donc plus facile pour lui de débourser et croit que ça valait la peine dans les circonstances données.

Apprendre de ses erreurs

La plateforme Respondus est un mécanisme qui a été approuvé par l’U d’O pour éviter la triche en ligne. Des sous-programmes tels que Lockdown ou Monitor figurent parmi des options qui ont aussi été utilisées. D’après les deux vice-doyens, des enjeux quant à l’invasion de la vie privée ainsi que la facilité de tricher malgré tout, ont rendu ces mécanismes peu recommandables. Une option gagnante aurait entre autres été la surveillance sur Zoom, affirment-ils.

D’après St-Amant, le bouche-à-oreille entre lui et ses collègues a largement contribué à identifier les méthodes qui fonctionnaient le mieux auprès des étudiant.e.s, depuis la transition vers les cours en ligne. Toutefois, il insiste sur le fait qu’il a toujours agi d’un choix propre à chacun.e.

Enfin, Labrosse fait mention d’une nouvelle formation sur l’éthique et la fraude académique envisagée par l’U d’O. Celle-ci sera obligatoire pour les futur.e.s étudiant.e.s en première année et entrera en vigueur à partir de septembre.

* Les noms ont été falsifiés afin de respecter l’anonymat des répondant.e.s.

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