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Sports et bien-être

Quand scolarité rime avec longévité

Daphnée-Maude Larose
2 avril 2024

Crédit visuel : Nisrine Abou Abdellah — Directrice Artistique

Entrevue rédigée par Daphnée-Maude Larose — Journaliste

Un nouveau rapport publié en mars 2024 par l’Institut canadien des actuaires analyse la corrélation entre la scolarité et la longévité. Un plus haut niveau d’éducation permettrait généralement une plus longue vie. 75 % des jeunes Canadien.ne.s possèdent un diplôme de niveau postsecondaire, selon une étude de Statistiques Canada. Qu’est-ce que cela voudrait dire pour les Canadien.ne.s et leur population ? Peter Gorham, actuaire et un des trois auteur.rice.s de ce rapport, a répondu aux questions de La Rotonde.

La Rotonde (LR) : Qu’est-ce que la longévité et en quoi est-elle différente de l’espérance de vie ?

Peter Gorham (PG) : La longévité n’est pas une prédiction, mais simplement la durée de temps de vie. Dans la plupart des cas, quand on parle de longévité ou de risque de longévité, on réfère au fait ou à la probabilité de vivre très longtemps. L’espérance de vie, quant à elle, est calculée à partir de plusieurs taux de mortalité avec lesquels les actuaires travaillent, tels que la probabilité de mourir à une année précise. Lorsque toutes ces données sont combinées, elles donnent l’espérance de vie, c’est-à-dire une prédiction de la durée de vie d’une personne basée sur différentes variables.

LR : Qu’est-ce qui explique qu’un taux plus élevé de scolarité influence la longévité ?

PG : La scolarité affecte de nombreux et divers facteurs socioéconomiques. En l’occurrence, les gens mieux éduqués ont tendance à avoir un revenu plus élevé ou encore à moins fumer. Les tensions qu’un individu peut ressentir à cause d’un emploi ou d’une insécurité financière ont une influence négative sur la longévité. Or, ces dernières sont moins présentes avec un plus haut niveau d’éducation.

Un meilleur salaire donne la chance d’effectuer plusieurs activités positives pour soi-même. Par exemple, une bonne rémunération peut permettre une meilleure santé, en offrant la possibilité de fréquenter un centre d’entraînement, d’avoir accès à un médecin plus rapidement ou encore de se payer des médicaments. La richesse et le revenu permettent de se procurer ces choses qui améliorent la qualité de vie et la santé.

LR : Pourquoi les femmes vivent-elles généralement plus longtemps que les hommes ?

PG : En 1930, les femmes vivaient environ deux ans de plus que les hommes. L’écart a commencé à s’agrandir lorsqu’il y a eu des améliorations en santé concernant la maternité et l’accouchement. Moins de femmes décédaient de ces causes.

Une autre raison est que les femmes ont de meilleurs styles de vie et alimentation que les hommes. Désormais, cet écart d’espérance de vie est moins grand à cause d’une combinaison de facteurs. D’abord, les hommes adoptent de meilleures hygiènes de vie et les femmes optent pour certaines mauvaises habitudes, pratiquées par les hommes depuis longtemps.

LR : En tant que société, qu’est-ce que les Canadien.ne.s peuvent faire pour diminuer cet écart de longévité qui existe entre les groupes de différents niveaux scolaires ?

PG : Il est possible de réduire cet écart en trouvant des moyens de garder les jeunes à l’école. Il est particulièrement important qu’ils.elles complètent l’école secondaire. Le plus grand écart est entre ceux.celles qui obtiennent leur diplôme secondaire et ceux.celles qui ne l’ont pas. La plus grande amélioration qu’il est possible d’effectuer pour son espérance de vie est de faire ses études secondaires.

Il faut surtout se concentrer sur les enfants qui n’ont pas un environnement familial qui les supporte. Il faut les aider à obtenir leur éducation, mais aussi les pousser à rester à l’école pour s’assurer que les bases soient posées et qu’ils.elles prospèrent plus tard. Un certain nombre d’études affirment que le niveau de scolarité atteint à l’âge de 25 ans établit le style de vie d’une personne.

LR : Est-ce qu’une meilleure longévité est souhaitable pour une société ?

PG : Il y a quelques années, Statistiques Canada a fait un rapport où il étudiait l’espérance de vie en bonne santé et en mauvaise santé des Canadien.ne.s. Ce qui est intéressant est que non seulement l’espérance de vie en bonne santé augmente avec la scolarité, mais aussi que l’espérance de vie en mauvaise santé diminue avec celle-ci.

Une espérance de vie plus longue peut nécessiter plus de soutien du gouvernement pour les personnes âgées. Au Canada, nous avons le régime de retraite, la sécurité de la vieillesse ainsi que l’assurance maladie qui prennent pour fonds nos taxes. La grande majorité de ces coûts vont devoir être couverts par les travailleur.euse.s canadien.ne.s. Une espérance de vie plus longue veut ainsi dire que les taxes seraient plus élevées.

Cela entendrait aussi que les retraités devraient faire durer leur pension plus longtemps en dépensant moins et que les héritages que les parents laisseraient à leurs enfants seraient moins imposants.

LR : Qu’est-ce qu’un.e étudiant.e peut faire pour vivre plus longtemps tout en étant en bonne santé ?

PG : La réponse évidente est d’obtenir son diplôme et de graduer de l’université. Cela aide à bien s’établir dans la vie. Personnellement, je crois qu’il est aussi important de trouver quelque chose qui vous rende heureux, même si cette passion ne vous apporte pas nécessairement d’argent. Le bonheur a autant d’effets sur la longévité que la richesse, selon moi.

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