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Sports

Scandale chez Hockey Canada : toute une culture remise en cause

Dawson Couture
12 août 2022

Crédit visuel : Archives

Article rédigé par Dawson Couture – Journaliste

Hockey Canada (HC) se trouve en plein scandale national. Il a été révélé que le corps dirigeant national du hockey sur glace a conclu une entente avec une femme qui aurait été violée collectivement par huit joueurs de la Ligue canadienne de hockey après un gala en juin 2018. Alors que la culture du hockey toute entière semble être à l’essai, le gouvernement fédéral et plusieurs commanditaires importants ont décidé de retirer leur financement à l’organisation en attendant plus de renseignements.

L’individu qui a porté plainte contre HC a rompu son silence début août 2022 : « Je voulais simplement des conséquences pour les actions et une certaine responsabilité », a-t-il affirmé. Le service de police de Londres, en Ontario, a également annoncé la réouverture de l’enquête. Cette nouvelle coïncide avec l’ouverture d’une enquête par la police d’Halifax sur une agression sexuelle collective supposément perpétrée par des joueurs de l’équipe canadienne de hockey junior en 2003

HC a déclaré que l’organisation rouvrait son enquête, menée par une tierce partie, sur les allégations de 2018. Les joueurs impliqués seront également mandatés afin de collaborer à l’enquête. La Ligue nationale de hockey lancera également sa propre enquête en parallèle auprès des joueurs concernés. HC a aussi décidé de résilier son fonds spécial utilisé pour régler les poursuites pour agression sexuelle. 

Des accusations qui font scandale

Les audiences parlementaires ont révélé que HC a utilisé un fonds pour verser des règlements d’une valeur de près de 9 millions de dollars depuis 1989 à des accusateur.trice.s d’agressions sexuelles. Michael Mulvey, professeur adjoint en marketing à l’École de gestion Telfer de l’Université d’Ottawa, estime que le manque de transparence a créé un terrain fertile pour le questionnement et l’indignation. Il est d’autant plus déplorable, selon lui, que des frais d’inscription de joueurs provenant de tout le pays aient pu contribuer à payer ces indemnités sans leur connaissance. 

Dominique Trottier est psychologue et professeure à l’Université du Québec en Outaouais. Selon elle, le contrecoup populaire peut être attribué au fait que les organisations comme HC préfèrent gérer ces situations à l’interne afin de protéger leur réputation au détriment de ce qui semble moralement prescrit. Les deux professeur.e.s dénoncent le « système de justice parallèle » mis en place pour traiter les accusations à caractère sexuel.

L’obligation de HC, selon le professeur de marketing, est de laisser la loi suivre son cours afin d’assurer des conditions de concurrence équitables pour tous et toutes. Le système actuel privilégie et protège les joueurs. Cela s’explique, selon lui, par le fait que ces derniers jouissent d’une valeur monétaire importante pour l’organisation. « Leur célébrité s’accompagne de l’idée qu’ils jouent selon des règles différentes des nôtres », constate-t-il.  

La victime, connue comme E.M., a passé un test polygraphique et produit des messages textes, des photos et une déclaration de huit pages afin d’étayer ses affirmations. Selon Trottier, le scepticisme dont elle a fait face correspond au traitement normal des victimes d’agressions sexuelles. Elle dénonce aussi le fait que la charge de la preuve tombe toujours sur les survivant.e.s. La réponse du système judiciaire, des organisations concernées et du public « peut alors contribuer à envoyer le message aux victimes qu’il ne sert à rien d’essayer », affirme-t-elle.

La culture du hockey en procès

Trottier et Mulvey sont de l’avis que la socialisation des jeunes garçons joue un rôle clé pour expliquer des cas comme celui-ci. La psychologue soutient que la société encourage ces derniers à valoriser la force physique, la persévérance et les exploits sexuels. Mulvey suggère à toutes les institutions de faire leur propre examen de conscience avant de pointer du doigt exclusivement le hockey.

Il constate cependant que la culture du hockey vient amplifier ces traits sur et hors de la patinoire. Selon lui, la violence est systémique dans le hockey et les joueur.euse.s sont encouragé.e.s à prendre en main leur propre justice. Comme ancienne hockeyeuse, Trottier remarque que la culture du silence et de la solidarité, ainsi que la mentalité de persévérer à tout prix, sont valorisées. La culture du hockey glorifie la masculinité et l’hétéronormativité, selon elle, au détriment de l’empathie et de la diversité de points de vue. 

À l’inverse, Trottier estime que la société encourage la femme à adopter le compromis, l’écoute des besoins des autres et la passivité. Cela explique, selon elle, pourquoi il est si difficile pour les victimes de se prononcer et d’être pris.e.s au sérieux : la société remet moins en cause les jeunes hommes qui sont tenus d’avoir beaucoup d’expériences sexuelles que les femmes, qui ne sont pas censées faire de vagues. 

Des changements significatifs au bilan

Pour transformer la culture de HC et du hockey en général, Trottier suggère de débuter avec l’éducation à tous les niveaux de la société. La culture du silence et de la victoire à tout prix doit être défaite, souligne-t-elle. Elle est de l’avis que ce processus commence par la prise de parole de gens dont le silence serait normalement pris pour une approbation.

Alors que le scandale a certainement porté atteinte à la réputation de l’organisation, Mulvey croit que le retrait du financement par le gouvernement fédéral, les commanditaires et les organisations de hockey locales est la clé pour le changement institutionnel.

Il soutient que HC devrait également « suivre l’exemple des équipes de hockey perdantes et remplacer l’entraineur.euse-chef.fe ou le.la capitaine ». Alors que HC a nommé une nouvelle présidente du Conseil d’administration et l’ancien juge de la Cour suprême, Thomas Cromwell, pour réviser la gouvernance de l’organisation, le président et directeur général refuse de démissionner. 

Plus que tout, Mulvey et Trottier désirent que justice soit rendue. Certain.e.s partisan.e.s de l’équipe canadienne de hockey junior attendent potentiellement le résultat des enquêtes pour recommencer à soutenir leur équipe. HC a même rencontré de la difficulté à vendre des billets pour le Championnat mondial de hockey junior qui a débuté le 9 août dernier.

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