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Sports

Misogynie et sexisme ; être une femme et une athlète

Johan Savoy
31 janvier 2021

Crédit visuel : Archives 

Article rédigé par Thelma Grundisch – Journaliste

La pandémie a été l’occasion pour les athlètes qui s’interrogeaient sur leur place dans le sport, de réorganiser leur temps et leurs priorités. Entre barrières du sexisme et conséquences de la COVID-19, étudiantes et entraîneuses se confient sur leurs expériences dans le monde des sports.

La première entraîneuse à temps plein à l’Université d’Ottawa (U d’O) Jennifer Boyd, également entraîneuse-chef de l’équipe de rugby féminine des Gee-Gees sait à quel point se frayer un chemin dans un monde où la place d’honneur est réservée aux hommes peut être difficile. Bien qu’ayant observé et vécu ce sexisme dans son domaine professionnel, elle affirme que le fait d’être la seule femme dans un groupe d’entraîneurs ne l’a jamais empêchée d’avancer. 

Elle explique avoir toujours eu beaucoup de succès avec ses équipes, tant au niveau universitaire que national, mais n’avoir pourtant eu que très peu de remarques positives sur son travail. De par sa carrière et ses victoires, elle entend montrer que les femmes sont tout aussi capables d’être entraîneuses sportives que les hommes. 

Trouver sa place

Charlotte Gagnon-Lewis, membre de l’équipe de soccer de l’U d’O, raconte que lorsqu’elle a commencé à pratiquer ce sport à l’âge de trois ans, elle était la seule fille de son équipe. Trop jeune pour se rendre compte des différences de genre, ses parents lui ont appris plus tard qu’ils recevaient constamment des commentaires misogynes de la part des autres parents d’élèves. De son côté, Lauren Minns, joueuse de rugby pour les Gee-Gees, évoque ressentir la constante pression de paraître féminine, surtout à l’adolescence, alors même que cette exigence sociale ne coïncidait pas avec les sports qu’elle pratiquait.

« C’est difficile d’être une femme dans le monde du sport », reconnaît Christine Deaudelin, capitaine de l’équipe de hockey féminine des Gee-Gees. Elle révèle que de nombreux préjugés entourent encore les femmes qui jouent au hockey, sport considéré comme masculin. Si elle a dû apprendre à vivre avec, Deaudelin assure que ces difficultés ont forgé son caractère et l’athlète qu’elle est aujourd’hui.

Pour certaines joueuses, le problème réside au sein des mentalités, et crée cette difficulté pour les jeunes athlètes de s’imaginer au niveau professionnel. La plupart des rencontres féminines sont rarement diffusées à la télévision et si elles le sont, c’est souvent à des heures incongrues, sur des chaînes peu connues, avec des commentaires désobligeants, s’indigne Gagnon-Lewis.

Si le sexe féminin semble moins présent dans cet univers aujourd’hui, c’est parce que moins d’opportunités lui sont offertes, partage Boyd. Ainsi, les hommes devraient laisser davantage de place au sexe opposé explique l’entraîneuse-chef de l’équipe de rugby féminine. Cette mise au second plan des femmes dans le sport serait l’un des facteurs principaux menant à une perte de motivation chez les athlètes féminines universitaires, insiste la joueuse de soccer. 

Défis académiques et sociaux

Kaly Soro, diplômée de la Faculté des arts de l’U d’O et aujourd’hui entraîneuse adjointe de l’équipe de volleyball des Gee-Gees, a l’impression que chaque femme dans le sport a déjà vécu du sexisme, qu’il soit direct ou indirect. Celle-ci précise qu’en plus de ces préjugés, être étudiant.e-athlète n’est pas une tâche facile. « C’est comme avoir un emploi à temps plein qui est à 80 % physique », qui exige beaucoup de discipline, de travail d’équipe, et de passion pour réussir, ajoute-t-elle. Boyd insiste, de son côté, sur le fait que certaines joueuses se retrouvent avec une charge de travail plus élevée avec l’enseignement virtuel, tout en devant s’adapter au nouveau rythme de leurs pratiques sportives.

Malgré l’effort qu’être une Gee-Gees demande au quotidien, Minns raconte avoir trouvé un fort sentiment d’unité et de compréhension avec les autres joueuses de rugby, ce qui la motive et l’aide à avoir confiance en elle. Gagnon-Lewis ajoute quant à elle être fière de voir que les athlètes féminines ont su se développer et performer en dépit des difficultés qui se présentaient à elles. Elle conclut en affirmant « être excitée de voir ce qu’elles pourront faire lorsqu’elles auront pleinement la possibilité de rêver ».

Pour Jennifer Boyd, la meilleure façon de répondre à l’enjeu du sexisme dans les sports est d’inspirer d’autres femmes à briser les normes et les stéréotypes afin de normaliser les athlètes féminines. Les cinq Gee-Gees affirment être optimistes face à l’avenir, et se réjouissent du fait que la société évolue et s’ouvre progressivement au sport féminin.

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