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Cesser la discrimination dans les institutions médicales

Johan Savoy
8 avril 2021

Crédit visuel : Nisrine Nail – Directrice artistique

Article rédigé par Anna Meurot – Journaliste

La Chaire de recherche du Canada en Sociologie des Conflits Sociaux (CSCS) et ses partenaires ont organisé une conférence sur le thème de la lutte contre le racisme systémique dans le réseau de la santé et des services sociaux le 1er avril dernier. Au milieu d’une pandémie, qu’en est-il de l’accès aux soins pour tou.te.s, et comment l’améliorer ? 

Joëlle Dussault, co-organisatrice de la conférence, membre du CSCS et de l’Institut de recherches et d’études féministes à l’Université du Québec à Montréal, désirait offrir une plateforme de discussion entre « différentes expertises, mais également une pluralité de réalités » sur le sujet. La panéliste Julie Tran, candidate à la maîtrise en service social à l’Université d’Ottawa et administratrice du Groupe d’entraide contre le racisme envers les Asiatiques du Québec, y a insisté sur la nécessité de mettre en place des services de santé plus accessibles et inclusifs pour la communauté asiatique du Canada.

L’intervenante a été accompagnée par trois autres invité.e.s : Marie-Livia Beaugé, membre du collectif Hoodstock et avocate, Sébastien Brodeur-Girard, professeur à l’École d’études autochtones de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, et Esther Carielus, vice-présidente aux affaires internes de l’Association québécoise des infirmières et des infirmiers.

Humaniser le dialogue

Les intervenant.e.s ont pris la parole pour exposer leur analyse et leur expérience par rapport au caractère institutionnel du racisme dans le milieu de la santé et des services sociaux. Entre les réflexions sur la refonte du système médical et de rémunération, et les propositions de changements concrets, les pistes de solution exposées ont été nombreuses, souligne Carielus. 

Cette dernière milite avec son association pour la mise en place du Principe de Joyce, qui vise à garantir aux Autochtones un traitement équitable et sans discrimination dans les établissements de santé. Tran appelle, de son côté, à plus de subventions pour les services de santé mentale dans les communautés racisées, et insiste sur les barrières qui subsistent dans l’accès aux soins de leurs membres. Beaugé la rejoint sur ce point, évoquant un environnement très codifié, au sein duquel les patient.e.s ne connaissent pas forcément leurs droits, et la communication est complexe et manque d’humanité. 

Par ailleurs, elle révèle que les relations des personnes racisées avec les institutions  sont souvent marquées par des douleurs passées. En effet, elle souligne que la Direction de la Protection de la Jeunesse, qui répond au Ministère de la Santé et des Services Sociaux au Québec, a constaté une sur-représentation d’enfants noir.e.s et d’immigré.e.s dans son réseau. Il s’agirait donc pour ces familles qui ont été séparées et meurtries, de recréer un lien de confiance avec les représentant.e.s de cette même institution qui les a fait souffrir par le passé, exprime l’avocate.

Problème systémique

Tran décrit de son côté une réticence de la communauté asiatique à avoir recours aux services de santé mentale, et lie ce phénomène à plusieurs éléments. D’une part, elle indique que la culture des communautés asiatiques met en valeur un aspect collectif et un code d’honneur qui impliquent que les problèmes individuels ne doivent pas devenir le fardeau du groupe ; perspective qui aurait tendance, selon elle, à culpabiliser ces individu.e.s dans leur recherche de ressources. 

Par ailleurs, elle fait référence au « mythe de la minorité modèle », qui consiste en la représentation d’un succès économique, académique ou social de la communauté asiatique. Beaucoup de personnes auraient intériorisé ce stéréotype, et minimiseraient leur détresse psychologique, appuie Tran.

Finalement, elle expose un modèle de savoir et d’intervention culturellement inadapté et occidentalo-centré, qui n’offre pas l’empathie nécessaire aux patient.e.s dans les soins liés à la santé mentale. Brodeur-Girard acquiesce, en défendant la nécessité de repenser un modèle de médecine « hospitalo-centré », qui exclut les croyances et traditions de certaines communautés. Les deux intervenant.e.s plaident alors pour une diversification et une décolonisation des services de soins.

Diffusion élargie

Selon Tran, ce type de conférence est essentiel pour permettre de contrer les stéréotypes raciaux que subit la communauté asiatique du Canada. Elle déplore aussi l’impact dévastateur de la COVID-19 et une « désinformation stigmatisante », qui a contribué à attiser la xénophobie et les crimes haineux.

Dussault reconnaît que le format virtuel a offert l’opportunité de réunir ces professionnel.le.s, mais aussi de permettre une diffusion plus large, et de toucher un public directement impliqué dans les services concernés. Elle mentionne même avoir été contactée directement par des professionnel.le.s de la santé souhaitant diffuser la conférence dans leurs équipes, afin de faire passer le message. 

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