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Et si nous parlions des troubles de l’alimentation ?

Crédit visuel : Josée Lavigne – Contributrice

Entrevue réalisée par Thelma Grundisch – Cheffe du pupitre Sports & bien-être

Responsable du volet éducatif et préventif chez Anorexie et boulimie Québec (ANEB), Josée Lavigne lève le voile sur la stigmatisation entourant les problèmes alimentaires. Entre explication et sensibilisation, elle donne ici les clés pour reconnaître les symptômes de ces maladies et venir en aide aux personnes touchées. 

La Rotonde (LR) : Qu’est-ce qu’un trouble alimentaire ?

Josée Lavigne (JL) : C’est une maladie mentale, qui se développe chez les gens qui ont ce qu’on appelle des facteurs préexistants. Ça peut-être latent, c’est-à-dire qu’une personne peut avoir ça chez elle, mais ça ne va pas se développer parce que les conditions dans son environnement et chez elle sont idéales pour qu’elle soit épanouie. Ces facteurs-là sont des facteurs individuels comme l’estime de soi, la bonne image corporelle. Si on n’a pas ça, ça va jouer ou si on est de nature anxieuse aussi par exemple. Ce sont des critères qui font que quelqu’un.e pourrait développer des troubles alimentaires, mais il y en a d’autres. Les facteurs génétiques sont considérables aussi ; si dans la famille il y a des troubles de l’humeur, des dépendances ou autres maladies mentales connexes, ça rend les gens plus vulnérables.

Certaines personnes sont plus à risques, comme les jeunes entre 16 et 25 ans, particulièrement les étudiant.e.s qui recherchent la performance par exemple. Mais une personne peut aussi développer un trouble alimentaire lorsqu’elle est âgée, donc il n’y a vraiment pas de discrimination par rapport au sexe ou à la culture.

Il y a aussi le facteur social. On vit dans une société très axée sur la performance, que ce soit à l’école, sur sa santé, c’est toujours un mode de « comment je peux faire pour me perfectionner ? ». Ce sont des facteurs externes qui peuvent rendre une personne un petit peu plus vulnérable. On parle enfin de facteurs précipitants, comme la pandémie parce que c’est anxiogène, donc associé à d’autres caractéristiques, ça peut rendre plus à risque de développer un trouble alimentaire.

LR : Quel est le lien entre les troubles alimentaires et la santé mentale ?

JL : C’est un problème de santé mentale ; le diagnostic va être posé par un.e professionnel.le de la santé. Selon le DSM-5, [rédigé par l’Association américaine de psychiatrie],  une maladie mentale c’est quand une personne souffre tellement que ça déteint sur les autres aspects de sa vie. C’est une souffrance psychologique très sévère, quand on parle de troubles alimentaires c’est au niveau psychologique, mais il y a des conséquences physiques importantes aussi. L’anorexie par exemple pourrait causer des problèmes cardiaques ou même de restriction du cerveau à cause du peu de calories qui rentrent.

LR : Pensez-vous que le problème est lié à la société ?

JL : Une diète est une restriction alimentaire et dès qu’on s’impose une diète, c’est souvent lié à un trouble alimentaire. C’est sûr que dans notre société, il y a beaucoup d’argent généré par l’industrie des diètes ou de la beauté en général. Dès qu’il y a une restriction alimentaire, on s’impose des choses et à un moment donné le corps va réagir. Si on s’interdit des choses, on va y penser constamment par exemple, et ça peut souvent mener à un trouble alimentaire.

LR : Existe-t-il un lien prépondérant entre le sport et les troubles alimentaires ?

JL : Tous les gens qui sont amenés à se dépasser par rapport à leur corps que ça soit des athlètes, ou des mannequins [exercent] des métiers où on s’impose des choses à nous-mêmes ou qui sont imposées par des entraineur.euse.s. Il faut faire attention.

Se dépasser est normal dans le monde du sport, mais il faut aussi faire attention et réfléchir à quelles sont les limites que l’on s’impose et qu’on laisse l’autre nous imposer. Il y a des troubles alimentaires non spécifiques comme la bigorexie par exemple, qui touchent plus les hommes. Ce serait typiquement un homme qui s’entraîne beaucoup au gym, quand ça devient une obsession, c’est un trouble alimentaire.

LR : Comment reconnaître les symptômes de ces troubles ?

JL : Ça se peut que dans votre entourage vous commenciez à soupçonner que quelqu’un puisse avoir un trouble alimentaire. C’est sûr que certains troubles sont plus visibles que d’autres, avec une très grosse chute ou prise de poids, ce sont des choses auxquelles on peut être sensible.

C’est aussi par rapport à son état psychologique, on le voit chez la personne, si elle devient distante, se renferme beaucoup. On peut le voir chez des proches avec l’isolement, la détresse et les comportements alimentaires bien sûr. L’enjeu c’est vraiment d’essayer d’être plus sensible par rapport au changement global chez une personne.

LR : Qu’est-il possible de faire pour la prévention de ces troubles ?

JL : Pour la prévention, c’est sûr qu’on travaille fort pour sensibiliser la population en générale. Il y a beaucoup de services disponibles dans les villes avec les organismes communautaires, mais aussi en ligne ou par téléphone. En Ontario, il y a par exemple Hopewell, qui vient en aide aux personnes qui souffrent de troubles alimentaires et à leurs proches.

Mais c’est sûr que le système de santé est fragilisé avec la pandémie et c’est le cas pour la santé mentale aussi. Pour nous, chez ANEB, avec la pandémie ça représente 131 % de plus de demandes. Mondialement c’est le double des demandes dans les hôpitaux par rapport aux troubles alimentaires.

Si vous vous sentez en détresse, ou ressen­­tez le besoin d’être aidé.e, vous pouvez accé­der aux ressources de l’Université d’Ottawa sur la page du SASS, ou contac­ter les numé­ros suivants :

Allo j’écoute (24 h) 1–866–925–5454

Hopewell – Eating Disorder Support Centre 1-613-241-3428

Jeunesse J’écoute (24 h) 1–800–668–6868

Ligne de crise d’Ot­­tawa 613–722–6914 ou 1–866–996–0991

National Eating Disorder Information Centre 1-866-633-4220

Tel-aide Outaouais (de 8 h à 24 h) 613–741–6433 / 819–775–3223

Tel-Jeune (24 h) 1–800–263–2266

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