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Pilule bleue ou pilule rouge : surmédication et sous-diagnostic du TDAH

Dawson Couture
17 février 2022

Crédit visuel : Nisrine Nail – Directrice artistique

Article rédigé par Dawson Couture – Journaliste

Dans les sociétés nord-américaines, le diagnostic du trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) est source de débats. L’Association québécoise des neuropsychologues le surnomme d’ailleurs le « diagnostic à la mode des années 2000 ». Cependant, existe-t-il vraiment un surdiagnostic et une surmédication ?

Selon le docteur Philippe Robaey, pédopsychiatre spécialisé sur le TDAH et directeur du Laboratoire de recherche en neuropsychiatrie au Centre hospitalier pour enfants de l’est de l’Ontario, il ne faut pas seulement parler de surdiagnostic, mais également de sous-diagnostic. Bien qu’il avise de limiter le traitement à ceux et celles qui en ont vraiment besoin, il souligne aussi l’incapacité des jeunes à se procurer des soins de santé.

C’est le cas d’une étudiante de l’Université d’Ottawa (U d’O) qui a souhaité rester anonyme. Celle-ci a été diagnostiquée tout récemment d’un TDAH après avoir surmonté la stigmatisation liée au trouble. « J’ai l’impression que les gens n’ont pas la possibilité d’exprimer leurs préoccupations », déplore-t-elle. 

Vers le surdiagnostic…

Robaey souligne que le TDAH est avant tout un problème lié au développement. Il remarque que les enfants atteint.e.s sont identifié.e.s grâce à un ensemble de comportements qui s’éloignent du statu quo pour leur groupe d’âge. Celui-ci ajoute que ce retard de maturation du cerveau se manifeste par une combinaison de 18 comportements types tels que l’inattention, la désorganisation, l’oubli et, certaines fois, l’hyperactivité. À l’image du diabète, le médecin relève que le diagnostic du TDAH est établi lorsque le.la patient.e atteint un seuil critique de critères.

Par ce fait, il soutient qu’il ne peut pas y avoir de démarcation claire entre un cas et un non-cas. Il explique, de plus, qu’une variété de circonstances internes et environnementales peuvent faire basculer une personne au-delà du seuil nécessaire pour déclencher un diagnostic. Il faut donc, selon lui, considérer que certains comportements d’inattention et d’hyperactivité font partie de la norme.

L’étudiante de l’U d’O affirme quant à elle n’avoir eu aucune crainte de surdiagnostic. Elle jugeait que ses symptômes, avec l’appui de son pédiatre, indiquaient clairement la présence d’un TDAH. Après avoir souffert pendant plusieurs années dans les cadres académique et social, elle assure avoir été beaucoup plus inquiète de trouver une solution à ses problèmes que du potentiel de surmédication.

…et la surmédication…

Selon Robaey, le traitement de première ligne pour tout individu atteint du TDAH est la médication. Il remarque que les stimulants ont une efficacité proche de celle des antibiotiques sur le court terme, un fait que l’étudiante confirme. Après quelques jours de consommation d’Adderall, celle-ci assure avoir non seulement constaté un soulagement de l’hyperactivité et de l’inattention, mais aussi une amélioration prononcée de son humeur.

En dépit de ces succès initiaux, l’étudiante se rappelle toutefois avoir rapidement remarqué un probable surdosage puisqu’elle tardait à trouver le sommeil dès la première semaine. « Le TDAH est un problème dont nous connaissons plusieurs solutions, mais celles-ci ne sont jamais faciles », remarque Robaey. Il précise que c’est surtout le cas à l’âge adulte puisque la médication n’est, selon lui, qu’un outil pour rattraper l’individu à un stade de développement normal.

Le pédopsychiatre indique que l’efficacité élevée des médicaments peut donner la fausse impression aux patient.e.s que le problème est réglé. Toutefois, un traitement efficace doit, selon lui, impliquer un changement exhaustif de l’environnement et de l’entourage. « Ce parcours change réellement la vie des gens et on sait comment le faire, mais il doit être bien exécuté », nuance-t-il.

Ses plus grandes inquiétudes quant au traitement du TDAH à l’âge adulte concernent l’utilisation de drogues non prescrites et le risque d’abus associé aux stimulants. Selon lui, tous deux peuvent « nuire énormément » au développement cognitif de la personne. En ce sens, l’étudiante de l’U d’O confirme s’être inquiétée des propriétés addictives des médicaments et de ces effets secondaires, même si elle accepte que le problème sous-jacent ne puisse jamais être vraiment réglé.

…ou le sous-diagnostic ?

Malgré tous les cas de surdiagnostic et surmédication, Robaey cherche à attirer l’attention sur un phénomène opposé et pourtant, selon lui, tout aussi préoccupant. Il signale qu’en raison de différences socioculturelles, socio-économiques, de négligence ou d’inattention, deux enfants sur trois présentant des problèmes de santé mentale n’arrivent pas à accéder aux soins nécessaires. L’étudiante pointe ainsi le manque d’éducation de sa famille et de ces médecins pour les années de diagnostics erronés.

Le plus grand coupable dans son incapacité à obtenir un traitement adéquat a été, selon elle, la stigmatisation du TDAH. Celle-ci évoque des craintes, soutenues par son entourage, quant au fait qu’un tel diagnostic à son âge puisse la faire paraître immature, enfantine et faible. « J’ai peur qu’on ne me fasse pas confiance pour accomplir les tâches liées à mon travail », confie-t-elle.

Finalement, l’étudiante de l’U d’O implore les personnes souffrant de troubles similaires de faire preuve de résilience, même si les listes d’attente pour des psychiatres spécialistes sont très longues. « Des moyens sont disponibles » conclut Robaey, que ce soit les services d’accommodement de l’U d’O, les médicaments ou autres.

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