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Quelle place pour le français au sein du SÉUO et de ses services ?

Camille Cottais
3 juillet 2022

Crédit visuel : Archives

Article rédigé par Camille Cottais – Journaliste

Entre traductions manquantes ou mauvaises, fautes d’orthographe et de grammaire, anglicismes et hégémonie de l’anglais dans les communications orales, le Syndicat étudiant de l’Université d’Ottawa (SÉUO), et certains des services et associations qui en dépendent,​​ accordent parfois une place secondaire au français. 

Un bilinguisme théoriquement obligatoire…

Yves Harry Delouche, coordinateur de la Banque alimentaire du SÉUO, un service distribuant gratuitement de la nourriture aux étudiant.e.s, rappelle que le bilinguisme est obligatoire pour occuper n’importe quelle position au sein du SÉUO et que tous ses services doivent être bilingues. Il confirme que l’intégralité des employé.e.s de la Banque alimentaire sont nécessairement bilingues.

Anjolina Hamel, commissaire aux affaires francophones du SÉUO, précise que les membres de l’exécutif doivent passer un test de bilinguisme, encadré par l’Institut de bilinguisme de l’U d’O. Ce test est selon elle complet, comprenant une composante d’expression écrite, de compréhension de lecture, et de communication orale. Cette dernière a cependant remarqué de nombreuses fautes et incohérences dans ce questionnaire.

En outre, le SÉUO a instauré des minimums de bilinguisme aux rencontres des comités et des services, poursuit-elle, et les coordinateur.ice.s des services du Syndicat doivent être bilingues. Elle ajoute que le Syndicat répond également toujours dans la langue dans laquelle les courriels sont envoyés. Elle planifie de passer en revue le niveau de bilinguisme des services du SÉUO au cours de son mandat, « pour s’assurer qu’on soit tou.te.s sur la même longueur d’onde ».

…mais en pratique souvent oublié…

Une étudiante impliquée en politique étudiante ayant souhaité rester anonyme exprime son désaccord avec les propos de la commissaire aux affaires francophones. Selon elle, plusieurs exécutifs du SÉUO ont un faible niveau en français, ce qu’elle attribue potentiellement à un test de bilinguisme trop facile. Elle ajoute que « le Syndicat [soutient] que les coordinateur.ice.s des services sont tou.te.s bilingues [alors que] c’est faux : le coordinateur du Centre de la fierté Matthew Bromley ne parle pas français par exemple, tout comme la coordinatrice du Centre pour les étudiant.e.s ayant une incapacité, Willow Robinson ».

Pour s’assurer du bilinguisme de ses publications sur les réseaux sociaux, la Banque alimentaire les fait éditer par des employé.e.s du SÉUO chargé.e.s de la traduction, explique Delouche. Cela ne semble néanmoins pas être le cas de tous les services. Sur le compte Instagram de Campus Vibez par exemple, on peut lire des traductions telles que : « créer une ressource publiée sur notre site web pour que les clubs peuvent être plus inclusifs » (post du 13 juin), « n’ayez pas peur de vous décrire comme questionnant, (…) il n’y a rien à avoir honte » (22 juin) ou encore « vos identités ne dépendent que de vous. Ils peuvent être fluides ou rester les mêmes ». Selon l’étudiante anonyme, certains services utilisent probablement un traducteur automatique. « C’est dommage et même choquant pour un service dépendant du Syndicat d’une université bilingue », commente-t-elle.

Liliane Salem est étudiante à l’U d’O et vice-présidente des affaires sociales francophones à l’Association des étudiant.e.s en communication (AÉÉC). Bien qu’elle se réjouisse de l’inclusivité de son association étudiante en ce qui concerne le français, elle remarque que les membres francophones s’expriment par réflexe en anglais lors des réunions afin que tout le monde comprenne leurs propos. « Je peux m’exprimer en français, mais il faut toujours qu’on traduise ce que j’ai dit en anglais. Mais, quand on parle en anglais, il ne faut jamais traduire en français », détaille-t-elle.

Le même phénomène se répète au sein des rencontres table-ronde avec le Syndicat étudiant. Le français y est, selon Salem, quasi absent comparativement au nombre de personnes qui le parlent. « Même si les francophones peuvent parler français, on a toujours l’impression d’être un fardeau qui rallonge la réunion à cause de la traduction nécessaire », déplore-t-elle. 

L’étudiante anonyme remarque qu’il en est de même pour les réunions publiques du Syndicat, c’est-à-dire les conseils d’administration et les assemblées générales, alors même que plusieurs des membres de l’exécutif sont francophones.

… malgré quelques efforts

Caroline Bouchard entame, en septembre, sa dernière année de baccalauréat en nutrition à l’U d’O et est impliquée dans son association étudiante. Elle constate également la faible place occupée par le français dans les réunions entre associations et avec le Syndicat étudiant. «  L’an dernier, aux tables rondes sociales, je n’étais pas à l’aise du tout. J’ai arrêté d’y participer, car tout le monde parlait en anglais durant les rencontres, le groupe Messenger et les emails », témoigne-t-elle. Elle remarque néanmoins une amélioration cette année, la commissaire à la vie étudiante, Erin Atkinson, prenant le temps de lui réexpliquer en français les points importants lorsqu’elle le demande.

Quant à Hamel, elle souligne que le bilinguisme a une place importante cette année, puisque 4 des 7 commissaires du SÉUO sont d’origine francophone. D’après l’étudiante anonyme, le président du Syndicat étudiant, Armaan Singh, communiquerait pourtant l’écrasante majorité du temps en anglais. Selon Hamel, bien que le français soit la troisième langue de ce dernier, il ferait des efforts au niveau du bilinguisme durant les rencontres.

 

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