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Vers un campus antiraciste ; entretien avec Boulou Ebanda de B’beri

Crédit visuel : Université d’Ottawa – Courtoisie

Entrevue réalisée par Emmanuelle Gingras – Journaliste

C’est en réponse à la montée d’incidents racistes à l’Université d’Ottawa (U d’O) que le recteur, Jacques Frémont, a proposé la dissolution du Comité consul­ta­tif du recteur pour un campus anti­ra­ciste et inclu­sif , pour le remplacer par le Comité d’action antiracisme et inclusion. La Rotonde s’entretient avec Boulou Ebanda De B’Beri, conseiller spécial de ce nouveau comité, afin de comprendre le travail qui a été fait jusqu’à ce jour.

La Rotonde (LR) : À quoi ressemble votre poste de conseiller spécial du nouveau Comité d’action antiracisme et inclusion de l’Université d’Ottawa ?

Boulou Ebanda De B’Beri (BEDB) : […] Mon poste a beaucoup évolué […]. Mon mandat est différent parce que je suis conseiller spécial, mais sur une question [spécifique à l’U d’O]; l’antiracisme et […] l’inclusion. Il est clair, selon le recteur qui a annoncé cette position [l’année dernière], que je [dois] rapporter au Bureau des gouverneurs s’il y a quelque chose qui me tracasse. Je suis là pour aider l’administration de l’Université à avancer dans le domaine de l’antiracisme et de l’inclusion.

LR : L’année dernière, l’U d’O a fait la transition du « Comité consul­ta­tif du recteur pour un campus anti­ra­ciste et inclu­sif » vers un nouveau « Comité d’action antiracisme et inclusion », dont vous êtes le premier conseiller spécial. Pourquoi cette transition a-t-elle été nécessaire et comment le nouveau comité se distingue-t-il du dernier ?

BEDB :Le recteur a rencontré plusieurs groupes d’étudiant.e.s pendant une période de temps […]. Ils.elles [le recteur et les étudiant.e.s] se sont parlés ouvertement. Je pense qu’après une analyse, il s’est dit qu’il fallait passer à l’action. [C’est pourquoi] le recteur a décidé de créer un comité d’action […]. Le conseiller spécial antiracisme et inclusion [doit] présider ce Comité d’action avec le Bureau des droits de la personne.

J’ai décidé de créer des groupes de travail qui vont répondre spécifiquement aux éléments qui ont été recueillis [lors des conversations passées].

LR : Que fait concrètement le « Comité d’action antiraciste et d’inclusion » ? Comment est-il réparti et comment recueilliez-vous les informations au sujet du racisme à l’U d’O ?

BEDB : Il y a eu des événements malheureux depuis 2019 qui ont déclenché la nécessité d’avoir un comité spécial. Mon mandat [sur un an] sert non seulement à recueillir des informations, mais aussi à faciliter la conversation entre [les membres de l’U d’O.] À mon bureau, je peux les recevoir [membres de l’U d’O], demander des rencontres, donner des conseils, montrer l’image, voir comment on peut réfléchir ensemble pour améliorer les relations.

J’ai aussi des groupes de travail qui s’occupent de plusieurs volets [pour] ce mandat-là. Il y a quatre volets qui sont les plus importants; l’expérience étudiante, la pédagogie/la formation, le volet de la recherche [avoir un milieu de recherche plus inclusif] et le volet de l’embauche des professeur.e.s racisé.e.s [noir.e.s, autohctones et autres personnes racisées].

LR : Suite au commencement de votre mandat, il semblerait qu’il n’y ait pas vraiment eu de suivi quant à ce que vous avez accompli à ce jour. Comment ça se passe ?

BEDB : C’est intéressant que vous me posiez cette question parce que vous n’êtes pas la première personne à ne pas savoir où trouver ce que je fais.

J’ai un site internet. Je produis un blogue mensuellement dans lequel je fais des rapports […]. Depuis janvier, je suis à mon septième bulletin qui met à jour la communauté […], j’ai quelques comptes sur les médias sociaux où j’en parle aussi.

Depuis le début, je me suis penché essentiellement sur trois aspects prioritaires. [Le] premier était de comprendre l’état des lieux. J’ai dû parler à tous les groupes d’intérêts; les professeur.e.s racisé.e.s, des groupes [et clubs] étudiants. J’ai écouté, écouté, [et] écouté.

Après cela, j’ai créé des groupes de travail qui font présentement des recommandations pour des admissions plus inclusives, au niveau expérience étudiante, qui font des recommandations au niveau des bourses, des professeur.e.s BIPOC ou racisé.e.s et au niveau du financement de la recherche.

LR : À quoi devrions-nous nous attendre de différent pour l’année prochaine en comparaison avec les années précédentes en termes d’action pour contrer le racisme ? Comment le nouveau Comité va-t-il avoir un impact sur le climat de l’Université ?

BEDB : Je pense que l’année scolaire qui commence ne sera pas comme l’année dernière ni l’année d’avant. Je peux le garantir.

Les admissions ne seront plus jamais pareilles […]. L’expérience étudiante peut être sous-divisée en trois catégories ; celle de l’admission, donc « Qui on admet à l’Université ? » , « Comment ? » et « en fonction de quoi ?». Les mesures d’évaluation […] ne sont pas toutes objectives. Autrement dit, croire que tous les étudiants à l’U d’O partent du même pied d’égalité est une fausse idée. On a commencé à revoir les mesures d’admission, à bonifier la façon d’évaluer les choses, parce que ce ne sont pas seulement les notes qui déterminent si on est un.e excellent.e étudiant.e ou pas.

Au niveau de l’attribution des bourses aussi ! « Qui est-ce qu’on encourage pour être meilleur.e ? », « Est-ce qu’il faut également encourager ceux et celles qui ont les meilleures notes? ». Par exemple, si vous avez trois enfants à la maison et que vous voulez étudier à l’U d’O et que vous n’arrivez pas à dépasser le A, est-ce que ça veut dire que vous ne méritez pas une bourse ? […] Vous avez des responsabilités qui ne sont pas les mêmes que pour d’autres étudiant.e.s !

[Une autre] sous-catégorie de l’expérience étudiante, c’est la santé mentale des étudiant.e.s […]. Il faut créer des espaces de mentorat pour les étudiant.e.s racisé.e.s, autochtones, noir.e.s, parce qu’ils.elles ne s’identifient pas nécessairement avec la pensée dominante.

Il y aura aussi un bureau physique où ils.elles [les étudiant.e.s] pourront venir s’ils.elles veulent rencontrer un conseiller en santé mentale, on va pouvoir les diriger. S’ils.elles veulent seulement parler, ils.elles vont pouvoir parler.

[Concernant] l’embauche de professeur.e.s et de la recherche ; nous allons proposer des formations antiracistes.

LR : Où et comment le racisme se manifeste-t-il le plus à l’U d’O, d’après vous ? Sur quoi l’Université peut-elle encore travailler à même son institution pour le contrer ?

BEDB : Vous savez, les étudiant.e.s et professeur.e.s racisé.e.s vont vous dire que le racisme est inscrit dans le système même de formation de l’U d’O. Les moyens [par lesquels] nous réfléchissons et apprenons articulent déjà un système colonial qu’il faut sortir de nous. Il est là et il n’est pas naturel.

Le fait que vous et moi parlons français n’est pas naturel. Nous parlons une langue coloniale dans un territoire qui n’a pas été cédé. Quand on commence à admettre cela, on admet aussi qu’on vit dans un système dominant, et quand il y a domination il y a évidemment certaines personnes qui sont écrasées. [C’est pourquoi il faut] créer des actions pour alléger la domination d’une culture et d’un groupe sur l’autre.

LR : Quelles sont les ressources disponibles pour les étudiant.e.s qui subiraient du racisme ou auraient des plaintes ou des remarques à faire à ce sujet, sur le campus, pour l’année à venir ?

BEDB : J’aimerais dire à tou.te.s les étudiant.e.s et tou.te.s les professeur.e.s, membres de l’administration, toute la communauté universitaire, que mon bureau reste un espace toujours ouvert pour eux.elles.

La seconde chose que j’aimerais [rappeler] aux étudiant.e.s, c’est que, oui, il y a eu un manque de confiance entre les étudiant.e.s racisé.e.s [face au] Bureau des droits de la personne, mais j’aimerais qu’[ils.elles s’y] réfèrent encore. […] S’ils.elles ne font pas confiance à cette porte là, qu’ils.elles viennent me voir au Bureau du conseiller spécial et on va trouver de vastes moyens pour les conseiller [et les guider].

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