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Éditorial

Un comité (de plus) pour lutter contre le racisme

Crédit visuel : Nisrine Nail – Directrice artistique

Éditorial rédigé par Caroline Fabre – Rédactrice en chef

Abordé lors de la dernière réunion du Sénat, puis présenté dans une déclaration le 23 novembre dernier, le recteur et vice-chan­ce­lier de l’Uni­ver­sité d’Ot­tawa (U d’O) Jacques Frémont a annoncé publiquement la création d’un nouveau Comité d’action antiracisme et inclusion. Nouveau comité pour finalement mettre en place des actions ? Il semblerait bien que non.

Suite à l’incident à caractère raciste ayant eu lieu au sein de la Faculté des arts en octobre dernier, le recteur a déclaré vouloir condamner « sans réserve le racisme, le harcèlement, les insultes raciales et la discrimination », et s’ « attaquer aux causes profondes du racisme systémique présent à l’intérieur de nos murs et dans la société en général ». De bien belles paroles, répétées inlassablement à chaque événement impliquant de la discrimination au sein de la communauté uottavienne. À quand le changement ?

De comité en comité

L’idée même du progrès est de remplacer ce qui est obsolète par quelque chose de plus performant, de plus adapté ; il est donc tout à fait normal que les comités se soient succédés au fur et à mesure des années. Mais pour juger de cette désuétude, il faut que le comité en question ait pu faire ses preuves, ou non. Ici, le nouveau Comité d’action succède à la précédente commission : le Comité consultatif du recteur pour un campus antiraciste et inclusif qui avait été mis en place en 2019.

À peine un an d’existence, et il est déjà considéré comme archaïque ? Quelle efficacité. Une chose est sûre, l’Université voit les choses sur le long terme. Elle doit également revoir ses méthodes de communication, puisque certain.e.s membres de l’ancien comité n’ont pas été consulté.e.s, et ont appris sa disparition directement dans la déclaration. Pourquoi en créer un autre d’ailleurs, quand on peut juste transformer le consultatif en un comité d’action ?

En 2016, une autre cellule, le Comité ad hoc, avait également été créée afin d’éliminer « les obstacles à l’atteinte de l’inclusion réelle et faire de la diversité un critère d’excellence au sein de la grande communauté universitaire afin que l’Université d’Ottawa devienne un modèle à cet égard. ». De biens beaux objectifs pour faire de l’U d’O un modèle ; mais un modèle en quoi exactement ? En création de comités qui ne changent malheureusement pas grand-chose ? Pour ça, effectivement, elle est experte en la matière. Mais au niveau des actions entreprises pour changer les choses, serait-elle un véritable cancre ?

Prétexte à l’inaction 

En juin 2019, suite à l’incident de profilage racial dont a été victime Jamal Boyce, l’Université disait travailler sur des mesures à mettre en place pour « essayer de réduire les chances que des inci­dents de la sorte se repro­duisent sur le campus ». Comment ça « essayer » ? Cette année-là, l’admi­nis­tra­tion uottavienne avait d’ailleurs révélé un surplus budgé­taire de 91,8 millions de dollars. Pas question de faire croire à tout le monde que l’U d’O n’a pas les fonds nécessaires pour agir de façon concrète. Car le temps qu’elle prend pour « essayer » de mettre en place des mesures, c’est le temps où sa communauté est exposée et victime de discriminations.

Frémont a annoncé que le nouveau comité aura pour mandat d’analyser les ressources, programmes, politiques, processus et pratiques de l’Université. Ainsi, l’objectif est de comprendre comment ils contribuent au racisme systémique, de formuler des recommandations pour une meilleure inclusion des personnes noires, autochtones et racisées à l’Université, et d’éliminer les obstacles aux efforts de l’Université à l’égard de la diversité et l’inclusion.

Des objectifs tout à fait louables, mais qui semblent cependant paraphraser ceux énoncés lors des précédents comités. À tel point que lors des assemblées passées, les spectateur.rice.s se levaient parfois, en signe de contestation. Le panel proposé hier par uRacisme, collectif composé d’étudiant.e.s qui demande depuis un an et demi des changements concrets à l’U d’O, a fait état, entre autres, de ce constat. Le débat a d’ailleurs donné l’opportunité à celles et ceux qui y ont assisté de comprendre les raisons des échecs de l’administration centrale à traiter le racisme anti-noir à l’université. Échecs auxquels il est plus que nécessaire de remédier.

Combat qui dure

Plusieurs incidents à caractère raciste ont pris place au sein de l’Université dernièrement, se solvant à chaque fois par une déclaration, plus ou moins semblable à celle que Frémont a prononcée le 31 mai, suite à l’assassinat de George Floyd aux États-Unis. Se disant « outré et horri­pilé par certains propos racistes et haineux », il avait réaffirmé son « enga­ge­ment à combattre le racisme sur [le] campus et au sein de [la] commu­nauté. »

En juin 2019, Boyce avait été victime de profilage racial. Alors qu’il faisait de la planche à roulettes sur le campus, il avait été arrêté et menotté pendant deux heures par le Service de la protec­tion suite à un contrôle d’iden­tité. En septembre de la même année, Wilis­ton Mason, étudiant et conseiller commu­nau­taire de la rési­dence Annex de l’U d’O, a égale­ment été victime de profi­lage racial, alors qu’il rentrait chez lui.

En septembre 2017, c’était le professeur aux facultés de droit et de médecine, Amir Attaran, qui avait partagé une vidéo dénonçant des faits similaires. Un membre du Service exigeait de voir la carte d’iden­ti­fi­ca­tion du profes­seur et de son étudiante, tous deux issus d’une mino­rité visible. Suite à leur refus, il avait demandé au professeur d’éva­cuer les lieux, et ce malgré le manque d’infraction constatée. 

Ces trois incidents, bien qu’espacés de quelques années ne représentent que les cas pour lesquels une enquête a été menée ; ils ne sont que la face émergée de l’iceberg. Combien de personnes restent silencieuses face à des expériences racistes bien trop souvent banalisées ? 

Avec ce nouveau comité, Frémont penser être sur « la bonne voie pour consolider l’engagement de notre Université à contrer le racisme sur notre campus, et particulièrement à l’endroit des personnes noires et des personnes autochtones. » Des promesses, des promesses, et encore des promesses ; il reste à savoir si elles seront, cette fois, respectées.

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