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Clubs francophones
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Les clubs francophones se comptent sur les doigts de la main

Emily Zaragoza
1 Décembre 2023

Crédit visuel : Nisrine Abou Abdellah — Directrice Artistique

Article réalisé par Emily Zaragoza — Journaliste

Faire partie d’un club est un moyen de s’impliquer et de participer à la vie étudiante, selon le site du service d’administration des clubs (SAC) de l’Université d’Ottawa (U d’O). Sur la page qui liste l’ensemble des clubs à l’U d’O, ceux considérés comme francophones sont peu nombreux. Certaines initiatives étudiantes tentent de remanier cette situation. Que font ces étudiant.e.s pour permettre une intégration de la communauté francophone sur le campus ?

« Les bibliophiles », tout nouveau club francophone

Jenny Doorine Saint Jean est étudiante en troisième année dans le programme en service social à l’U d’O. Originaire du Québec, elle constate que l’U d’O a très peu de clubs « réellement » bilingues, et encore moins qui sont francophones. Quand elle se rend à des activités organisées par des clubs officiellement bilingues, les discussions sont principalement en anglais. Si elle comprend la langue, elle affirme ne pas avoir la même facilité à s’exprimer en anglais. Elle a donc décidé de ne pas retourner à ces évènements. Elle a choisi de créer son propre club francophone : « Les bibliophiles ».

Le club a vu le jour en septembre 2023. Il propose aux étudiant.e.s d’expression française ou francophile de partager leur intérêt pour la lecture autour de discussions, explique Yacout El Abboubi, vice-présidente des évènements. L’idée est, selon elle, de promouvoir la culture et la littérature francophone sur le campus.

À travers le club, El Abboubi dit vouloir sensibiliser les étudiant.e.s aux défis auxquels fait face la francophonie. Pour elle, il est important d’encourager les francophones à « militer » au sein de l’U d’O, afin d’instaurer un climat où tout le monde se sent intégré. Sur le campus, le français fait parfois face à des oppressions, étouffé par l’anglais qui est toujours privilégié, dénonce-t-elle.

Un exécutif francophone pour favoriser l’inclusion

Saint Jean, présidente du club, précise que « Les bibliophiles » compte un organe exécutif « très diversifié », composé d’étudiant.e.s internationaux.ales, d’étudiant.e.s migrant.e.s de deuxième génération, d’étudiant.e.s francophones et d’autres francophiles. Un ensemble éclectique qui favorise l’inclusion ; une valeur du club essentielle aux yeux de ses membres.

Aditi Kissoonah est étudiante en troisième année et travaille au sein du Centre du bilinguisme. Selon elle, afin de favoriser l’accès des clubs aux personnes francophones, il est essentiel de porter un soin particulier à la composition de l’équipe en s’assurant que certain.e.s parlent français. « Si quasiment tous les membres parlent seulement anglais, le club va mettre une barrière, la barrière de la langue […]. C’est dommage, car le club se prive d’une partie des étudiants qui auraient pu être intéressés et compétents », précise-t-elle. Elle propose donc d’imposer un quota de membres bilingues au sein des clubs, afin d’assurer l’inclusion de ces étudiant.e.s dans la vie associative.

Pour améliorer l’inclusion des francophones au sein des clubs, le code qui régit l’ensemble de la vie associative stipule qu’un club comptant plus de 25 membres actifs doit impérativement présenter son contenu public et la documentation dans les deux langues, et doit désigner une personne veillant au respect du bilinguisme. Selon le SAC, cette initiative, une parmi d’autres, permet de garantir que les clubs soient accessibles à tous.tes.

Initiatives pour encourager le bilinguisme

Plusieurs outils au sein de la vie associative viennent renforcer le bilinguisme. Depuis 2019, le SAC remet chaque année lors d’une cérémonie un prix récompensant le club ayant fait le plus d’effort dans la mise en œuvre du bilinguisme. En 2023, l’Association pour la simulation des Nations Unies de l’U d’O a obtenu le prix — un dispositif qui encourage les clubs à faire plus d’efforts, selon le SAC. Un autre élément afin d’encourager le bilinguisme est l’obligation que la constitution d’un club soit rédigée dans les deux langues. Kissoonah souligne qu’il est possible de faire appel aux services du centre du bilinguisme afin d’obtenir de l’aide dans la traduction.

Les étudiant.e.s membres de la vie associative proposent d’autres initiatives et évolutions afin de faciliter l’inclusion du français. Pour Kissoonah, la pratique de communiquer dans les deux langues en faisant figurer le français en premier, comme le fait par exemple le centre du bilinguisme, devrait être étendue à l’ensemble de la vie associative. Selon Saint Jean et El Abboubi, mettre en place un financement dédié spécifiquement aux clubs francophones pourrait permettre de favoriser la création de nouveaux clubs. « Les bibliophiles » n’ont pour l’instant pas obtenu de fonds pour le club, malgré leurs demandes répétées, empêchant l’aboutissement de certains projets, explique sa présidente.

Le SAC constate que parmi les trois clubs dédiés au cinéma, aucun ne diffuse de films en français. Cela prouve, selon celui-ci, que plus doit être fait en matière de bilinguisme. Si la création de réglementations et de dispositifs pouvait améliorer la situation, Kissoonah reste convaincue que l’initiative doit venir avant tout des étudiant.e.s. Il reste à voir si l’action de ces dernier.ère.s pourraient mener à la création d’autres clubs francophones dans les années à venir.

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