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Santé mentale et nutrition ; entretien avec Rana Daoud

Emmanuelle Gingras
25 janvier 2022

Crédit visuel : Nisrine Nail – Directrice artistique

Entrevue réalisée par Emmanuelle Gingras – Contributrice

La Rotonde s’est entretenue avec Rana Daoud, nutritionniste et directrice générale de DRRD Nutrition, afin de comprendre l’impact de l’alimentation sur la concentration et le bien-être des étudiant.e.s. Elle soulève ainsi les principaux enjeux de l’alimentation étudiante tout en proposant des pistes de solution.

La Rotonde (LR) : Quelles sont vos spécialisations dans le domaine de la nutrition et avec quels genres de profils travaillez-vous ?

Rana Daoud (RD) : Chez DRRD Nutrition, notre mission est d’aider les client.e.s à améliorer leur alimentation à court et long terme, tout en adoptant une approche personnalisée. Les raisons de consultation peuvent varier : la gestion du poids, la prévention et gestion de maladies chroniques, la gestion des symptômes digestifs, la grossesse en santé, les désordres alimentaires, la nutrition sportive et les maladies du foie.

LR : Travaillez-vous beaucoup avec des étudiant.e.s ?

RD : Je travaille souvent avec des athlètes de différents niveaux [dont les Gee-Gees]. Je les aide, sur une base individuelle, à adapter leurs apports à leur niveau d’activité.  Bien manger quand on est athlète est important pour éviter les blessures et maximiser la performance. Souvent, quand on atteint un niveau compétitif, les entraîneur.e.s suggèrent d’améliorer l’alimentation pour passer aux prochaines étapes.

À part la performance sportive, les étudiant.e.s consultent pour la gestion de poids et les désordres alimentaires. J’ignore si cela s’est ressenti à l’Université d’Ottawa, mais je remarque une augmentation de l’incidence de désordres alimentaires et de problèmes d’alimentation émotionnelle depuis la COVID-19. J’imagine que des facteurs comme l’isolement, l’anxiété du confinement et la perturbation des cours y ont contribué.

Les limites budgétaires sont un facteur limitant chez les étudiant.e.s pour adopter une alimentation saine. Les jeunes, à cet âge, déménagent souvent de chez leurs parents. Ils.elles peuvent manquer de motivation ou de capacités culinaires pour préparer des repas équilibrés. Le fait de devenir indépendant.e représente tout [un changement] dans l’organisation de la vie et il faut être créatif.ve pour bien manger à budget limité.

LR : Pensez-vous que l’augmentation du prix des aliments encourage les jeunes à consommer plus de fast-food ?

RD : La nourriture la moins dispendieuse est le fast-food. De plus, le coût des aliments a augmenté d’environ 30 % depuis 2019. Par contre, il existe des solutions qui peuvent aider. Par exemple, planifier les menus de la semaine peut sauver du temps, de l’argent et limiter le gaspillage de nourriture. Je suggère souvent de cuisiner en gros volume et de congeler des portions pour les périodes plus occupées ; ceci aide à réduire les repas au restaurant.

On sait que les viandes animales sont parmi les aliments dont le coût a le plus augmenté. Inclure plus de sources végétariennes à son alimentation, comme les légumineuses, permet de réduire les dépenses alimentaires. Sans mentionner les bénéfices pour la santé, les légumineuses sont une bonne source de fibres et de protéines.

LR : Objectivement parlant, et gardant en tête que chaque corps est différent, existe-t-il une alimentation qui optimise une bonne santé mentale ? Plus particulièrement chez les jeunes étudiant.e.s ?

RD : Selon moi, il n’existe pas un mode alimentaire qui fonctionne pour tout le monde, il est très important d’adopter une approche personnalisée. L’alimentation a un aspect culturel et social, chaque personne a une préférence. Quant à la santé mentale,  il n’existe pas un seul nutriment qui augmente le niveau de sérotonine et nous permet d’être plus heureux. C’est l’ensemble de notre alimentation et l’horaire prandial (heure des repas) qui influence notre état d’humeur et énergie.  

Même si étudier n’est pas une activité physique, notre corps a besoin de plus d’énergie, donc il est important de manger suffisamment. D’ailleurs, le cerveau utilise 20 % de notre énergie. La qualité de notre alimentation permet de se concentrer et de mieux gérer le stress. Il est suggéré de limiter les aliments transformés et les sucreries pour éviter les chutes énergétiques. Intégrer des sources d’oméga-3 (bons gras) supporte les fonctions du cerveau et le bien-être mental. Les oméga-3 se trouvent dans le poisson, les noix, les graines et les avocats. Malheureusement, l’information erronée qui domine les médias sociaux influence fortement les jeunes, donc il est important de valider notre source d’information.

Il ne faut pas oublier l’importance du sommeil pour la santé mentale et globale : on mange mieux quand on dort mieux.

LR : Une liste de ressources à Ottawa pour aider/encadrer les étudiant.e.s afin d’optimiser leur alimentation ?

RD : Il existe une cuisine communautaire sur le campus [de l’Université d’Ottawa], ceci peut être une façon pour recevoir une grande variété de repas de façon efficace. Les cuisines communautaires peuvent également permettre aux jeunes de socialiser et briser l’isolement. Je peux également suggérer les sites web de recettes nutritives et accessibles comme Cookspiration et Ontariobeans.

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