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Éditorial

Semaine de la fierté, vous êtes sûr.e.s?

Rédaction
10 février 2020

Crédit visuel : Andrey Gosse – Directeur artistique

Par Caroline Fabre – Rédactrice en chef

À l’occasion de la Semaine de la fierté, qui s’est déroulée du 3 au 7 février 2020 à l’Université d’Ottawa (U d’O), de nombreux ateliers ont été proposés aux étudiant.e.s afin de participer à la reconnaissance de la communauté LGBTQ2S+ sur le campus.

Mais une ombre se dessine doucement sur le tableau. Ombre rapidement devenue un problème de taille. Vous n’étiez pas au courant de l’organisation de l’événement ? Nous l’étions à peine. Heureusement qu’un événement Facebook était là pour nous le rappeler.

Au sein de l’Université ?

À l’heure où la communauté queer doit, plus que jamais, se faire une place au sein la communauté étudiante de l’U d’O, il subsiste de nombreuses inquiétudes, liées notamment à l’absence de reconnaissance de l’existence de la communauté queer. Cette dernière n’existe tout simplement pas dans la convention collective de l’Université.

« S’il y a des problèmes au niveau du corps professoral, au niveau des employé.e.s administratifs, s’il y a des problèmes queerphobes à l’encontre de certaines personnes, on ne peut pas se défendre en mettant en avant la nature des attaques homophobes », se révolte Florian Grandena, professeur agrégé en cinémas du monde à l’U d’O.

Ce n’est pas le cas de l’université ottavienne. Il semblerait que la Semaine de la fierté soit une sorte de prétexte à la diversité, tout comme la Semaine dédiée à la santé mentale l’aurait été. « C’est comme si cette semaine-là était un alibi ; on n’existe pas vraiment aux yeux de l’Université », pense Grandena. Pourtant l’université a renouvelé, en mai 2019, son adhésion au programme baptisé « Dimensions : Équité, Diversité et Inclusion (EDI) Canada du gouvernement fédéral ». Cette charte, présentée sur le site de l’université expose les huit principes d’EDI sur laquelle elle est fondée ; elle « mise sur » une approche multidimensionnelle de l’équité, de la diversité et de l’inclusion pour créer un environnement où tous les membres du milieu de la recherche trouvent leur place et se réalisent « . » En près d’un an, rien ne semble donc avoir changé.

Pour le professeur, il faut « prendre le problème de façon différente : l’U d’O se trompe en stigmatisant l’identité. Il faut le prendre de façon plus intersectionnelle. Toutes ses entités [- racisées, de santé mentale, LGBTQ2S+ – qui] se croisent parfois, et il faut prendre en considération les problèmes systémiques qui peuvent être propres à une université comme la nôtre ».

Une semaine

Alors, pourquoi avoir choisi d’organiser la Semaine de la fierté une semaine avant les tant redoutés examens de mi-session ? Pourquoi ne pas l’avoir faite à un moment plus propice, où les étudiant.e.s ne sont pas épuisé.e.s, déprimé.e.s, et stressé.e.s ?

La Semaine de la fierté est une semaine dédiée à la célébration de l’amour, de l’inclusion, de la joie ; une autre date, plus convenable, aurait amplement pu être trouvée. Mais l’événement semble avoir été organisé dans l’urgence, comme si ce moyen de faire bonne figure, de représenter la communauté queer, devait être expédié le plus rapidement possible.

Pour Grandena, « la Semaine de la fierté fait ce qu’elle a à faire, elle reconnaît l’existence de la communauté queer, surtout la communauté estudiantine queer ». Selon le professeur, c’est un peu « l’arbre qui cache la forêt, et ce qu’il se passe au-delà ».

Malheureusement pour les dirigeant.e.s de l’U d’O, cette semaine ne servira pas de diversion parfaite ; les problèmes de formation du personnel, mais aussi de médiatisation ne seront pas effacés miraculeusement. « La promotion pour les professeur.e.s a été très mal faite » partage Florian ; il lui semble n’avoir été avisé que mercredi, voire même jeudi, de l’organisation de la Semaine de la fierté.

Une communauté

Celui qui enseigne depuis 2006 à l’U d’O, nous confie que peu de choses ont changé en 14 ans ; « la Semaine de la fierté est plus soutenue, mais en dehors de ça, il subsiste un problème d’invisibilité institutionnelle ; on existe, il faut nous prendre en considération ».

De nature discrète, la communauté LGBTQ2S+ est représentée, entre autres, par le biais du Centre de la fierté, situé dans la salle 215 du Centre universitaire (UCU). Ce dernier propose, de façon hebdomadaire, des rencontres et des événements liés à la collectivité.

Matthew Brom­ley, le coor­di­na­teur du Centre s’était confié à l’équipe de La Rotonde plus tôt dans la semaine, à propos de la baisse de fréquentation significative du Centre depuis la mise en place en fonction du nouveau Syndi­cat étudiant de l’U d’O (SÉUO).

Il invoquait des problèmes d’organisation, et de médiatisation ; l’Université ne souhaitant pas promouvoir la Semaine de la fierté, sous prétexte qu’elle entrait en conflit avec la Semaine du mieux-être.

Étonnement, cette situation n’est pas sans rappeler celle vécue par les Gee-Gees, le 29 janvier dernier, durant laquelle l’U d’O leur avait demandé d’abste­nir la publication de contenu autour de la journée Bell pour la cause, afin de ne pas faire d’ombre à la Semaine du mieux-être.

Scientologie avant LGBTQ2S+ ?

D’autres événements, comme les queues de castor proposées gratuitement durant la semaine du Festi­val des neiges, qui s’est déroulé du 3 au 7 février dernier, ou la présence de l’Église de Scien­to­lo­gie sur le campus de l’U d’O on été largement plus médiatisées que cela.

Pour ne citer que le recteur de l’U d’O, Jacques Frémont, « la santé mentale, ce n’est pas juste une semaine par an ». Il en est de même pour la communauté LGBTQ2S+, mais aussi pour les autres minorités visibles.

Il est bien beau de faire des passages piétons aux couleurs de l’arc-en-ciel, représentatif de la communauté LGBTQ2S+, mais il est désormais nécessaire que l’U d’O mette en place des actions concrètes pour représenter l’intégralité de sa collectivité étudiante, et assurer sa protection.

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