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Éditorial

Pour une Saint-Patrick pas comme les autres

Rédaction
13 mars 2023

Crédit visuel : Marie-Ève Duguay – Rédactrice en chef

Éditorial rédigé par le comité éditorial de La Rotonde

Si la fête de la Saint-Patrick était auparavant une occasion pour les Irlandais.e.s de fêter leurs origines et leur héritage, elle est, au fil des ans, devenue l’opportunité en or pour plusieurs – Irlandais.e.s ou non – de se laisser aller. Ainsi, plusieurs étudiant.e.s universitaires en profitent pour s’enivrer de bière colorée et causer du désordre public. C’est du moins ce que prétend la police d’Ottawa…

La police d’Ottawa a en effet récemment distribué des avis en préparation de la fête du 17 mars prochain. Nous avons par exemple reçu, au bureau de La Rotonde, un pamphlet indiquant une présence policière « importante et prolongée dans les environs » de la ville d’Ottawa lors des festivités. Le pamphlet fait également savoir que la police va se livrer à  une application « rigoureuse » des règlements en lien avec « les écarts de conduite » lors des activités de la Saint-Patrick.

Suite au match Panda de 2022, lors duquel plus de 2000 étudiant.e.s ont défié l’ordre public et envahi les rues de la Côte-de-Sable, la police nous suit de prêt. Ce genre de pamphlets et la présence policière sont donc attendus. Mais, représentent-ils vraiment la meilleure solution pour éviter les excès ?

Plus de police, plus de problèmes ?

Après le fameux Convoi de la liberté, les résident.e.s d’Ottawa semblent avoir adopté à nouveau une vision traditionnelle du rôle de la police, d’après laquelle la police aurait comme but principal de maintenir à tout prix l’ordre et la loi. C’est ce qu’elle tentera effectivement de faire, « au cas où des fêtards feraient irruption » dans les rues de la ville le 17 mars prochain.

Si la présence policière dans les rues d’Ottawa peut être positive pour certain.e.s, puisque cette présence est en théorie synonyme de protection et de sécurité, elle représente néanmoins une grande crainte pour d’autres.

Le budget de la police et ses effectifs ayant récemment profité d’une augmentation, ce sentiment de crainte est exacerbé. Avec l’augmentation des effectifs de la police vient une hausse des violences, qui rendent encore plus vulnérables les personnes racisées – ce sont d’ailleurs elles qui se voient le plus souvent visées par les violences policières.

Il est vrai que certain.e.s étudiant.e.s profitent des moments de fête comme la Saint-Patrick pour se livrer à des activités illégales, certes, mais ne serait-ce pas justement le temps idéal pour trouver une alternative plus saine que l’augmentation de la présence policière ? Les fêtes comme la Saint-Patrick ont lieu depuis des années, et l’intervention policière n’a jamais été en mesure de régler les problèmes qui s’y rattachent. Il existe des alternatives plus sécuritaires que l’intervention – souvent violente – de la police.

Mieux vaut prévenir que guérir

Si le gouvernement ottavien désire diminuer les incidences illégales et/ou perturbatrices en lien avec les fêtes étudiantes, pourquoi ne pas mettre en place des stratégies qui encouragent les comportements sains ? Pourquoi ne pas accorder une partie du budget de la police à la création d’espaces sécuritaires pour la consommation et la célébration étudiantes ?

Au lieu de punir les jeunes pour des comportements enracinés dans la culture étudiante depuis des années, il serait plus responsable de changer la culture qui entoure les célébrations comme la Saint-Patrick.

C’est d’ailleurs ce que propose Armaan Singh, président du Syndicat étudiant de l’Université d’Ottawa : au lieu d’augmenter la présence policière, la ville pourrait inciter les entreprises locales à organiser des événements afin d’encadrer les festivités et la consommation d’alcool.

Cette alternative, qui mettrait le bien-être et la santé des étudiant.e.s au cœur des priorités de la ville, pourrait inciter de réels changements. Plutôt qu’avoir recours à la police afin de mettre un terme aux célébrations étudiantes, nous pourrions faire face à une toute nouvelle réalité en encourageant la consommation responsable.

Alcool à tout prix ?

Ces fêtes et célébrations étudiantes révèlent cependant un plus grand problème : celui de la culture de l’alcool. Les événements comme la Saint-Patrick et le match Panda ont normalisé la consommation excessive d’alcool.

Nous connaissons tous et toutes les conséquences qu’a l’alcool sur la santé physique et mentale des personnes qui consomment, surtout chez les étudiant.e.s au niveau universitaire. Serait-il possible d’encourager la consommation en modération, voire même la sobriété lors de ce genre d’événements ? Cela permettrait de diminuer la capacité d’action de la police, tout comme le nombre d’arrestations lors des activités étudiantes. 

Cette vision reste pourtant utopique. Le marché de l’alcool est beaucoup trop récompensant pour les entreprises de la ville. La police sera bel et bien présente dans les rues vendredi prochain, et elle n’hésitera pas à intervenir à la moindre perturbation. 

Il reste à espérer que d’ici les prochaines années, nous serons en mesure de repenser les fêtes étudiantes comme celles qui ont lieu dans le cadre de la Saint-Patrick. D’ici là, il faut s’assurer de célébrer, dans la mesure du possible, de manière responsable et sécuritaire.



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