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Éditorial

Plus d’argent, plus ou moins de problèmes ? 

Rédaction
27 février 2023

Crédit visuel : Marie-Ève Duguay – Rédactrice en chef

Éditorial rédigé par le comité éditorial de La Rotonde

34,7 millions de dollars : c’est le montant qui sera versé à l’Université d’Ottawa (U d’O) par les gouvernements fédéral et provincial pour financer les programmes et la recherche  en français. Cette annonce du 15 février dernier a été faite par Ginette Petitpas-Taylor, la ministre fédérale des Langues officielles, accompagnée de Jacques Frémont, recteur de l’Université. Qu’est-ce que cela veut dire pour les étudiant.e.s de l’U d’O ?

Cette annonce est sans doute positive, du moins à première vue. Près de 35 millions de dollars, ce n’est pas rien. Ce n’est qu’en lisant les petites lignes de l’annonce de l’U d’O que nous pouvons soulever quelques questions.

Investissement aux conséquences positives… 

Laissez-nous d’abord vous expliquer en quoi consiste cet « investissement historique ».

D’après le site de l’U d’O, cet argent sera offert, à partir du trimestre d’automne 2023, aux « disciplines névralgiques » de l’Université, soit les domaines des sciences et du génie.

Ce financement généreux permettra à l’U d’O de créer plus de programmes d’étude en sciences, technologie, ingénierie et mathématiques (STIM), dont le seul programme de pharmacie en français à l’extérieur de la province de Québec.

L’Université sera également en mesure d’embaucher 20 professeur.e.s francophones spécialisé.e.s en STIM en l’espace de deux ans, dans l’espoir d’améliorer le cursus en français et d’offrir aux étudiant.e.s la possibilité de compléter leur baccalauréat entièrement dans la langue de leur choix.

C’est bien, n’est-ce pas ? L’investissement est encourageant symboliquement parlant : il démontre de réels changements quant à la considération des francophones de la part de l’U d’O et des gouvernements fédéral et provincial.

Cet investissement pourrait également réduire l’écart entre les cours en anglais et les cours en français quant à la qualité d’enseignement. Ce montant d’argent a le potentiel de changer complètement la donne pour les programmes d’étude en STIM. Ceux-ci attirent beaucoup d’étudiant.e.s francophones, dont de nombreux.ses étudiant.e.s internationaux.ales : leur clientèle est riche, et elle est dans le besoin.

Ces 34,7 millions de dollars s’avèrent donc nécessaires pour les domaines où la recherche prime et dont les programmes d’études et les manuels sont les plus dispendieux de l’U d’O. Espérons que les étudiant.e.s francophones qui accèderont aux programmes remaniés à partir de l’automne 2023 en auront réellement pour leur argent.

… mais questionnements lourds

Ceci dit, il est dommage que les autres domaines et les autres programmes d’étude de l’U d’O n’aient pas accès à une telle somme. L’U d’O a effectivement tendance à prioriser la création de nouvelles initiatives avant de régler les problèmes qui accablent déjà la communauté uottavienne.

Si le gouvernement et l’U d’O cherchaient, avec cet investissement, à soutenir l’éducation en français, pourquoi ne pas avoir investi dans d’autres départements, comme la Faculté d’éducation ? L’Ontario souffre présentement d’une pénurie d’enseignant.e.s francophones. Il ne sert à rien d’investir dans l’éducation postsecondaire en français si nos écoles primaires et secondaires francophones ne peuvent offrir les compétences linguistiques et un sentiment d’appartenance nécessaires pour que les futur.e.s étudiant.e.s poursuivent leurs études en français…

De même, plusieurs autres programmes méritent tout autant cet argent que les domaines en STIM. Les programmes dans les Facultés des sciences sociales et des arts, par exemple, peinent toujours à offrir assez de cours en français pour satisfaire les attentes des étudiant.e.s. Les étudiant.e.s de ces facultés reçoivent souvent des lectures en anglais, et les choix de professeur.e.s et d’horaire sont souvent lamentables.

Il y a plusieurs autres aspects de la vie universitaire qui pourraient également bénéficier de cet investissement. Pourquoi ne pas augmenter le salaire des professeur.e.s à temps partiel ? Pourquoi ne pas réduire les frais de scolarité et les frais de logement dans les résidences universitaires ? Pourquoi ne pas non plus octroyer plus de bourses, comme faire revenir la bourse au mérite, surtout pour les étudiant.e.s internationaux.ales ? Cet investissement risque d’échouer si l’U d’O ne peut attirer plus d’étudiant.e.s…

Bien entendu, ces programmes et ces investissements ne sont pas assez rentables pour être favorisés ni par l’U d’O, ni par les gouvernements.

Pour le Mois de la francophonie 

L’annonce de l’investissement tombe à temps pour le Mois de la francophonie. Malgré les critiques que nous pouvons faire à l’égard de  cette décision, il reste qu’elle en est une des plus positives – surtout si nous considérons les nombreux débats qui ont divisé l’U d’O et sa communauté francophone.

Le Mois de la francophonie a pour but de célébrer la fierté qui accompagne le fait de vivre en français. Cet investissement incitera – nous l’espérons – à de grands changements au niveau de la reconnaissance du français à l’U d’O et ailleurs.



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