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Comprendre la francophobie en quatre questions

Emily Zaragoza
31 mars 2024

Crédit visuel : Nisrine Abou Abdellah — Direction artistique

Article rédigé par Emily Zaragoza — Journaliste

La francophonie, vous savez probablement de quoi il s’agit, mais si un « b » remplace le « n », êtes-vous toujours aussi sûr.e ? Pour comprendre en profondeur ce qu’évoque la francophobie, au sein et en dehors du campus de l’Université d’Ottawa (U d’O), et comment la vaincre, La Rotonde s’est entretenue avec des individus actifs sur ces questions.

La francophobie, qu’est-ce que c’est ?

François Hastir est le directeur général du regroupement étudiant franco-ontarien (RÉFO). Selon lui, la francophobie est un sentiment exprimé par certain.e.s croyant que mettre en place des mesures pour respecter les droits des francophones empiéterait sur leurs propres droits et représenterait une dépense inutile. « Il s’agit d’un sentiment qui vise à rabaisser les prétentions de la communauté francophone d’avoir accès aux services dans leur langue », poursuit-il.

Daphnée Veilleux-Michaud, commissaire aux affaires francophones au sein du Syndicat étudiant de l’U d’O (SÉUO), partage avoir été victime de francophobie dès sa première semaine sur le campus. « Je parlais français avec une amie et quelqu’un est venu nous dire qu’on devrait parler en anglais », raconte-t-elle. La francophobie peut être plus insidieuse, rappelle Hastir. Le directeur explique que ce sentiment peut créer des conditions ne permettant pas aux étudiant.e.s de demander certains services en français en toute sécurité.

Quel bilan à l’U d’O ?

Catherine Laroque est présidente du SCFP 2626, c’est-à-dire de la section locale du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP). Étudiante depuis 2013 à l’U d’O, elle déclare avoir remarqué que la situation empire ces dernières années en matière de francophobie. « L’évolution que j’ai vue, c’est qu’au niveau performatif et de ce qui est partagé avec les médias, il semblerait que l’Université essaie de faire des progrès, mais dans la réalité, ce n’est pas ce qui se passe », a-t-elle dénoncé. Elle regrette que depuis la pandémie, l’institution ait progressivement fermé des groupes de discussion en français dans les cycles supérieurs.

La commissaire du SÉUO déplore le manque de classes offertes en français. D’après elle, certain.e.s élèves sont forcé.e.s de suivre des cours en anglais afin d’être diplômé.e.s. Ces étudiant.e.s risquent ainsi de perdre leurs bourses ou doivent faire des demandes spéciales. Veilleux-Michaud reproche à l’U d’O de ne pas chercher à régler ce problème qui persiste. Elle se dit également consciente que le SÉUO a la réputation « d’être très “anglocentriste” » — une image qui est, selon elle, fondée. Elle affirme vouloir encourager une vie étudiante plus francophone.

De même, Hastir constate que la disponibilité du service en français n’est pas la même que du côté anglophone à l’U d’O. Il a remarqué que les délais d’attente sont plus longs, la qualité du service moindre et les places disponibles plus rares, notamment dans les services liés à la santé mentale. Selon lui, le bilan est similaire dans toutes les universités bilingues de l’Ontario.

Quel constat en dehors du campus ?

La présidente du SCFP 2626 déplore que « tout est en anglais » à Ottawa. Elle explique qu’elle ne parlait pas en français ni à la maison ni à l’école. D’après elle, l’inverse n’est pas vrai pour les anglophones. De cette inégalité découle, selon la présidente, l’idée qu’il n’est pas nécessaire de fournir des services en français, puisque les francophones maîtrisent l’anglais.

Veilleux-Michaud témoigne avoir grandi dans le nord de l’Ontario. Selon ses dires, la majorité des médecins et des policier.ère.s ne parlent pas français. Lors de son emménagement à Ottawa, l’étudiante déclare avoir pris conscience que la francophonie recouvre des réalités qui varient d’un endroit à l’autre. Elle ajoute que dans sa ville d’origine comme à Ottawa, la francophobie existe, mais se manifeste sous des formes différentes.

« Au sein même du SCFP, [comptant] 800 000 membres à travers le pays, on est la seule section bilingue dans notre secteur universitaire. Quand je vais à des conférences du [Syndicat], elles se déroulent en anglais, parce que je suis la seule francophone », avoue Laroque. La présidente du SCFP établit que cela se produit au sein de sa propre section, où elle énonce être régulièrement confrontée à des membres anglophones qui reprochent que les assemblées soient trop longues, parce qu’elles ont lieu dans les deux langues officielles.

Comment combattre la francophobie ?

Les sources ont toutes tenu à rappeler l’importance de s’indigner face à la francophobie, que cela soit en portant plainte comme le préconise le RÉFO, ou en se rendant dans les médias comme l’a fait le SCFP 2626 l’an passé. Natan Pécout-Le Bras, représentant francophone des délégué.e.s syndicaux.ales au sein du SCFP 2626, est convaincu que la situation ne peut s’améliorer sur le campus sans une volonté forte de la part de l’Université.

La commissaire du SÉUO a, quant à elle, plaidé pour un élargissement dans les esprits de ce que signifie la francophonie. Franco-ontarienne, elle raconte avoir été la cible de moqueries, car son français serait perçu par certain.e.s comme étant « trop anglophone ». Selon elle, il ne faut donc pas perdre de vue que la francophobie peut se manifester de différentes manières et peut venir d’individus francophones.

En ce mois de mars, Maxemilienne Ambre Bassek Kindom, coordinatrice au sein du Carrefour francophone, espère que les évènements organisés permettent aux anglophones de s’intéresser davantage à la francophonie. En partenariat avec ce carrefour, La Rotonde a tenu un kiosque le 26 mars dernier afin d’échanger avec les étudiant.e.s à propos du journal et de la francophonie.

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